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Volume 52, numéro 24b | 13 avril 2017

Société

La guerre n’est pas un jeu d’enfant

La réalité des enfants-soldats, vue par le film Rebelle et l'expérience de la doctorante Sylvie Bodineau

Par Pascale Guéricolas

À l’écran, une jeune fille d’à peine 12 ans progresse, la peur au ventre, dans la dense forêt congolaise, sa Kalachnikov en bandoulière. Soudain, des tirs retentissent. Elle fuit alors à toutes jambes, alors que des corps tombent autour d’elle. Quatre ans après sa nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, le film Rebelle, du réalisateur québécois Kim Nguyen, frappe toujours le spectateur en plein coeur. C’est ce long-métrage qu’a choisi de présenter l’Association des participants à la maîtrise en administration de l’Université Laval, en association avec le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), pour sa soirée de financement de stages de fin d’études. Une passionnante discussion sur les enfants-soldats en compagnie de la doctorante Sylvie Bodineau a suivi la projection.

Comme le rappelle cette consultante de métier auprès de plusieurs ONG et organisations internationales en protection de l’enfance, l’engagement des mineurs dans les conflits armés n’a rien d’un phénomène nouveau. Les Romains, les Grecs et bien d’autres peuples les utilisaient déjà dans l’Antiquité. Cependant, depuis peu, les pays occidentaux financent des programmes de démobilisation et de réinsertion qui s’adressent spécifiquement à ces combattants d’une catégorie différente de celles des adultes. «On fait le pari qu’aider les enfants à retrouver leur place dans la société pourrait prévenir de futurs conflits», explique Sylvie Bodineau, qui a entrepris des études en anthropologie pour prendre du recul sur son métier.

Au fil de ses recherches, notamment auprès de mineurs qui avaient participé au conflit en République démocratique du Congo, la doctorante a compris que la réalité des enfants-soldats variait beaucoup. Or, les projets de réinsertion proposés par les ONG manquent souvent de souplesse. Surtout, ils reflètent les idées reçues des bailleurs de fonds occidentaux sur ce phénomène. Plusieurs, par exemple, misent sur un retour à l’école pour ces enfants qui ont passé plusieurs années dans des conflits. Pourtant, parfois, cette reprise de la scolarité cadre mal avec les désirs des jeunes. Ces derniers refusent de dépendre financièrement de leur famille, après avoir vécu de manière indépendante une partie de leur enfance.

Le retour dans la communauté s’avère aussi parfois difficile, explique l’ancienne consultante, car les liens entre les personnes ont souffert des conflits. Marqués par leur vie récente, les jeunes réagissent parfois violemment aux programmes de réinsertion proposés par le personnel local des ONG, peu outillé pour affronter de telles situations. De plus, le financement des projets s’avère généralement précaire, alors qu’une véritable réinsertion prend de longues années. En outre, certains mineurs se considèrent parfois comme d’anciens combattants, donc en droit de percevoir une indemnité de démobilisation comme leurs camarades adultes, surtout que certains ont volontairement choisi de s’engager dans une faction ou l’autre pour fuir leur famille ou par conviction politique.

«Les reconnaître comme des victimes du conflit, ce n’est qu’un premier pas, explique Sylvie Bodineau. Souvent les ONG sur-utilisent cette image, car cela leur permet d’aller chercher du financement. Il faut cependant aller plus loin et proposer aux jeunes des projets qui leur permettent véritablement de se reconstruire.» La doctorante, qui devrait terminer sa thèse l’an prochain, considère que les programmes de réinsertion pour les enfants-soldats ont tout intérêt à être conçus par des organisations locales, proches de ces jeunes. Selon elle, un tel fonctionnement permettrait peut-être aux enfants-soldats de reprendre le bon chemin.

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Photo: Item 7

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