Au terme de neuf mois de travail, une troupe de théâtre amateur a livré la première représentation de son histoire le 30 mai. Si cette prestation revêt un intérêt particulier, c’est qu’un élément singulier unit les comédiens de cette troupe: ils ont tous subi un accident vasculaire cérébral (AVC) qui leur a laissé des séquelles sur le plan du langage ou de la communication.

Une centaine de personnes – des proches des comédiens, des membres de l’organisme L’Artère, auparavant connu sous le nom de l’APIA-AVC, et des étudiants et des enseignants du Département de réadaptation – ont assisté à la représentation de la pièce La main dans le sac, écrite et mise en scène par l’animatrice de la troupe, Gabrielle Boucher, étudiante à la maîtrise en orthophonie. Ce moment couronnait les efforts déployés par ces personnes qui ont choisi de s’adonner au théâtre d’abord pour répondre «à leur désir de se redéfinir comme personne et de maintenir des contacts sociaux, mais aussi pour satisfaire un besoin commun de se faire entendre, par la parole ou autrement», explique l’étudiante.

La pratique du théâtre revêt aussi un intérêt thérapeutique particulier pour les gens qui ont subi un AVC, poursuit-elle. «Il n’existe pas encore de données probantes sur la question, mais les observations suggèrent qu’il y aurait des bénéfices sur le plan de la réadaptation, notamment pour la capacité de trouver ses mots, de formuler des phrases ou encore pour la mémoire et l’orientation.»

La troupe Les rescapés de l’AVC a été créée en septembre 2018 à L’Artère, dans le cadre d’une collaboration avec le Théâtre Aphasique de Montréal. Au départ, il s’agissait d’ateliers d’improvisation libre, mais les participants souhaitaient jouer dans une pièce de théâtre avec dialogues. C’est ainsi qu’a pris forme La main dans le sac qui, à la demande explicite des membres de la troupe, n’a pas de lien avec leur condition. «Ils m’ont demandé d’écrire une pièce ludique, rappelle Gabrielle Boucher. J’ai fait coexister sur scène tous les personnages conçus lors des ateliers d’improvisation libre.»

Pour l’étudiante en orthophonie, ce défi lui a permis de réaliser un rêve. «J’ai fait un baccalauréat et une maîtrise en théâtre. Cette aventure m’aura permis d’allier mes deux passions, ce qui m’a procuré beaucoup de bonheur et de satisfaction. Je pense que l’art est sous-utilisé comme intervention thérapeutique. Qu’il s’agisse du théâtre, de la musique ou des autres formes d’art, la pratique artistique favorise l’engagement de la personne dans sa réadaptation. De plus, la dimension sociale de l’art permet au professionnel de la santé de dépasser le cadre de l’intervention en tête-à-tête avec ses patients.»

La représentation de La main dans le sac a eu lieu grâce au concours de la directrice du programme de maîtrise en orthophonie, Laura Monetta, et de la vice-doyenne aux études en réadaptation à la Faculté de médecine, Hélène Moffet. «Cette initiative s’inscrit dans une volonté de la Faculté de médecine et du Département de réadaptation de travailler étroitement avec des partenaires de la communauté et d’établir des ponts entre les citoyens, les étudiants et l’ensemble de notre faculté», souligne la professeure Monetta.