«Pour concrétiser une idée, il faut y mettre du temps. Ça fait 30 ans que je martèle le message qu’il faut améliorer les techniques de diagnostic des infections et mes efforts commencent à peine à donner des résultats dans la pratique.» Voilà le message de patience et de persévérance qu’a livré le professeur-entrepreneur Michel G. Bergeron, de la Faculté de médecine, aux quelque 50 chercheurs de l’Université qui participaient, le 23 avril, à l’activité Hommage aux chercheurs-inventeurs. Organisée par le Vice-rectorat à la recherche et à la création (VRRC), cette cérémonie soulignait l’ingéniosité et la persévérance des 27 équipes de l’Université qui ont obtenu un brevet en 2013.

Le professeur Bergeron, qui compte à son actif 25 brevets, 15 innovations commercialisées et 3 entreprises, a profité de la tribune que lui offrait le VRRC pour présenter ce qu’il considère être les clés pour faire cheminer une idée de l’esprit d’un chercheur jusqu’au marché. «D’abord, il faut avoir une vision, un objectif qui vous anime et auquel vous croyez fermement. Dans mon cas, c’était la nécessité de mettre au point des méthodes de diagnostic rapide pour mieux traiter les patients et sauver des vies.»

Le développement d’une technologie et l’obtention d’un brevet ne marquent pas la fin du travail pour l’inventeur, a-t-il poursuivi. «Si vous ne voulez pas que votre technologie reste sur les tablettes, il faut que vous la poussiez parce que personne ne va le faire à votre place.» Ensuite, arrive le moment où un chercheur doit choisir la meilleure façon de commercialiser son innovation. «Vous pouvez démarrer une entreprise ou accorder une licence à une compagnie existante. Dans mon cas, j’ai appris qu’on ne peut pas tout faire et bien le faire. J’ai choisi de m’entourer de gens qui sont compétents en affaires et qui possèdent la même vision que moi.» Enfin, pour faire les bons choix, il faut être bien conseillé tout au long du processus de valorisation d’une découverte, a-t-il rappelé. «Le VRRC est maintenant bien équipé pour nous aider.»

Vingt-sept innovations

En 2012-2013, le VRRC a reçu une quarantaine de déclarations d’invention en provenance de chercheurs qui ont fait une percée scientifique et qui espéraient la breveter. Elles ont été analysées à l’aune des critères employés par les agences de brevets soit la nouveauté absolue, l’utilité, la non-évidence et le potentiel de commercialisation. «Si une innovation ne répond pas à ces critères, nous ne pouvons pas aller plus loin, même si le travail fait par le chercheur constitue de la très bonne science», précise Mouhsine El Abboudi, conseiller en gestion de la recherche au VRRC.

Après analyse, les propositions de 27 équipes – 15 de la Faculté de médecine et 12 de la Faculté des sciences et de génie – ont fait l’objet d’une demande de brevet. La liste peut être consultée sur ulaval.ca/chercheurs-inventeurs. Signe des temps, 12 de ces innovations sont le fruit d’une collaboration avec des chercheurs d’autres universités ou d’entreprises privées, dont certaines sont issues de l’Université. «Les chercheurs travaillent de plus en plus en réseau et les demandes de brevet en font foi, souligne Mouhsine El Abboudi. Ça nécessite un peu plus de travail pour le partage de la propriété intellectuelle, mais la présence de partenaires industriels facilite grandement le transfert des technologies. Les entreprises exercent souvent leur droit d’option sur l’exploitation d’une innovation.»

Les 27 technologies retenues en 2013 ne conduiront pas toutes à un brevet, prévient-il. «Il arrive que les agences rejettent le dossier. Dans d’autres cas, les chercheurs retirent eux-mêmes la demande parce que la poursuite de leurs travaux ne conduit pas à des résultats concluants.» Les chercheurs qui restent dans la course doivent s’armer de patience puisqu’il faut souvent plus de quatre ans avant qu’une agence de brevet rende sa décision. « Le chercheur est souvent appelé à répondre aux questions des examinateurs et à défendre son dossier. Il doit aussi participer au transfert de la technologie vers les entreprises.»
 
Ces obstacles n’empêchent pas de nombreux chercheurs de tenter l’aventure. Leurs motivations? «Pour certains, c’est la satisfaction de voir leurs travaux conduire à de nouveaux traitements pour les malades ou à la création d’entreprises qui embaucheront leurs étudiants et créeront des retombées économiques dans la région, estime le conseiller du VRRC. D’autres y voient une nouvelle source de financement pour leurs travaux. L’argent qui provient du partenaire industriel ou des programmes gouvernementaux de transfert technologique peut donner un bon coup de pouce, surtout dans un contexte où le financement traditionnel provenant des organismes subventionnaires est plus difficile à obtenir.»

Le portefeuille d’innovations de l’Université compte maintenant 623 brevets actifs. D’une année à l’autre, ce nombre reste relativement stable, mais la composition du portefeuille évolue. Comme la protection d’une technologie engendre des frais, les brevets qui ne trouvent pas preneur sont abandonnés après quelques années pour faire place à de nouvelles technologies. Présentement, 137 innovations mises au point par des chercheurs de l’Université font l’objet d’une licence d’exploitation commerciale. L’année dernière, ces licences ont généré des revenus de 1,2M$.

Pour plus d’information sur l’activité Hommage aux chercheurs-inventeurs: ulaval.ca/chercheurs-inventeurs