Penché sur la bouche d’une patiente, Christian Caron discourt à haute voix sur la nature des statuettes qui décorent sa chambre. Une façon pour le professeur à la Faculté de médecine dentaire de distraire l’octogénaire des soins qu’il prodigue à sa dent cariée. Spécialisé depuis plusieurs décennies en gérodontologie, le chercheur dispose de plus d’un tour dans son sac pour rassurer des patients âgés en perte d’autonomie et réussir à les soigner sur leur lieu de résidence. Une grande partie de sa méthode, qu’il a patiemment mise au point au fil de ses consultations, se retrouve dans l’offre de soins buccodentaires et d’hygiène de la bouche au quotidien désormais offert dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée du Québec (CHSLD).

«Par méconnaissance, on a trop longtemps négligé d’assurer les soins quotidiens des dents des aînés en résidence, remarque le dentiste. Disons que leurs fesses étaient lavées pas mal plus souvent que leur bouche…» Quand il effectue ses visites, le praticien découvre fréquemment des dentitions dans des états déplorables. L’abondante médication que prennent ses patients contribue en effet à réduire leur salive, premier rempart contre l’attaque des caries. Le manque de brossage des dents ne les aide pas non plus à disposer d’une bouche saine.

Le fondateur du Centre d’excellence pour la santé buccodentaire et le vieillissement (CSBV) se passionne depuis les années 2000 pour la santé dentaire des aînés en perte d’autonomie. Chaque semaine, il se déplace à leur chevet grâce notamment à son équipement portatif, qui lui permet de prodiguer des soins n’importe où. Le lit des patients remplace donc le fauteuil du dentiste. Des étudiants à la maîtrise en gérodontologie l’assistent régulièrement dans cette tâche, afin de se familiariser avec ces traitements particuliers. «Il faut bien comprendre que certaines personnes ne peuvent pas se déplacer physiquement dans le cabinet d’un dentiste, note Christian Caron. D’autres ont des problèmes cognitifs qui rendent chaque sortie en dehors de leur milieu quotidien très anxiogène. Ces gens-là deviennent angoissés et refusent finalement de se faire soigner.»

Conscient de la situation, le professeur prend son temps avant d’aborder son patient. Il établit d’abord un contact visuel avec le résident à traiter, le touche, échange quelques phrases simples pour lui expliquer comment va se dérouler l’intervention. Parfois, il décide d’ailleurs ne pas traiter la personne ce jour-là, si elle présente des signes d’agitation ou de crainte. Mieux vaut attendre le moment propice plutôt que de passer pour un ennemi et de risquer une morsure ou de provoquer une crise d’angoisse.

Au fil du temps, Christian Caron a bâti une relation de confiance avec le CHSLD Hôpital général de Québec, qui dispose d’une clinique dentaire où les étudiants effectuent souvent des stages, ainsi qu’avec plusieurs autres CHSLD. Le Foyer Charlesbourg, où il intervient plusieurs fois par mois, a d’ailleurs accueilli un projet-pilote ayant permis à la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, de proposer récemment un investissement de 10 millions de dollars pour améliorer la santé buccodentaire des personnes en perte d’autonomie.

Ce programme comporte un volet préventif auquel le professeur de la Faculté de médecine dentaire a également collaboré. Ainsi, les dentistes, les denturologistes et les équipes de soins en CHSLD ont désormais accès à une formation continue, offerte par le Ministère et développée grâce à l’expertise de l’Université Laval en matière de formation continue en ligne.