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Volume , numéro | 20 novembre 2018

Arts

Le pouvoir du silence

Invité par la Faculté de philosophie, le cinéaste Bernard Émond a présenté sa vision du 7e art

Par Matthieu Dessureault

Le 13 novembre, à l’atrium du pavillon La Laurentienne, Bernard Émond a présenté sa vision du cinéma devant plusieurs curieux. La rencontre, une initiative de la Faculté de philosophie, était animée par la professeure Marie-Andrée Ricard et le doctorant Benoît D’Amours. Le réalisateur de 67 ans, à qui on doit notamment La femme qui boit, La donation et La Neuvaine, a partagé des réflexions non seulement sur son œuvre, mais aussi sur la société.

D’entrée de jeu, il a reconnu la portée philosophique de ses films. «Pour moi, le cinéma permet deux choses: penser à travers des histoires et devenir attentif au réel. Ce qui m’intéresse dans cet art, c’est l’accès au tragique. Contrairement aux drames, qui sont des histoires ayant une résolution, la tragédie pose des questions sans réponse. C’est ce qui, selon moi, nous ramène le plus à notre condition humaine.»

Le cinéma de Bernard Émond n’en est pas un d’effets spéciaux. Loin des paradigmes des films commerciaux, qu’il abhorre, il prône un cinéma sans artifice. Que ce soit dans ses fictions ou dans ses documentaires, il admet avoir une prédilection pour l’ordinaire. «J’aime porter attention aux petites choses: un geste, une expression, une larme. Aussi, je préfère les villages aux grandes villes. J’ai l’impression que l’on s’y sent plus près de l’humain. Il y a quelque chose de gommé dans les grands ensembles. L’attention à l’ordinaire et l’amour de la ruralité me viennent sans doute de l’anthropologie», a dit celui qui a déjà pratiqué ce métier dans le Grand Nord.

Fan du cinéma muet, Bernard Émond fait des films avec peu de dialogues. Les non-dits sont une façon de mieux sonder l’âme de ses personnages. «Le silence parle beaucoup. Ceux qui ont déjà été bouleversés par le sentiment amoureux savent de quoi il s’agit; contrairement à ce que le cinéma met souvent en scène, il n’y a pas de feu d’artifice dans de telles situations. En fait, il ne se passe rien. C’est dans ce rien-là que se trouve le plus de vérité, je pense.»

Par ailleurs, dans ses films, Bernard Émond traite souvent des valeurs héritées du passé. Il trouve inquiétant que le legs de nos ancêtres se perde de plus en plus à l’ère de la modernité. «Il y a un fossé énorme qui est en train de se creuser avec la culture du passé, ce qui m’effraie terriblement. Quand on fait une cassure avec le patrimoine, on tombe dans un état d’anomie et c’est ce qui arrive en ce moment au Québec.»

L’entretien avec Bernard Émond s’inscrit dans une série d’activités à la Faculté de philosophie portant sur le cinéma. En plus de rencontres avec des cinéastes, l’association des étudiants en philosophie présente régulièrement des films ayant une saveur philosophique.

Pour la professeure Marie-Andrée Ricard, ce mariage avec le 7e art permet d’intéresser des néophytes à la pensée philosophique. «Pour des jeunes qui ont peu accès à des formes d’art autre que celle télévisuelle, le cinéma est souvent une porte d’entrée à la réflexion philosophique. Cela permet de sortir de soi et de réfléchir à des questions qui méritent d’être posées et d’être traitées avec profondeur.»

Bernard Émond

Le cinéaste Bernard Émond

Photo: Simon VIlleneuve

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