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Volume 50, numéro 19 | 5 février 2015

À la une

À l’écoute du patient

La Faculté des sciences infirmières soutient une clinique de soins de santé qui vient en aide aux malades des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur

Par Pascale Guéricolas

À la Coopérative de solidarité SABSA, dans la Basse-Ville de Québec, les sourires qui accueillent, dès l’entrée, la clientèle distinguent cette clinique de soins des autres lieux publics ou privés où on peut être soigné. Ouverte depuis octobre et destinée aux habitants de Saint-Sauveur et de Saint-Roch dépourvus de médecin de famille, la Coop SABSA –  pour soins à bas seuil d’accessibilité – soigne avec respect les gens âgés entre 0 et 99 ans. De l’insomnie chronique du toxicomane à la toux persistante d’un aîné, en passant par l’otite du petit dernier, Isabelle Têtu s’occupe de tous les maux et dispense des soins, tels qu’enseignés par la Faculté des sciences infirmières (FSI) de l’Université Laval, qui forme chaque année une dizaine d’infirmières praticiennes en soins de première ligne (ISPL).

Tout naturellement, cette infirmière praticienne chevronnée s’est tournée vers le professeur Bernard Roy quand elle a voulu ne plus se consacrer uniquement aux personnes touchées par l’hépatite C, la première cible de la clinique, et élargir la clientèle de SABSA aux citoyens de la Basse-Ville. Celui-ci l’a mis en contact avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) à la recherche de pratiques innovantes chez les infirmières. Ce fut une rencontre fructueuse puisque le syndicat a investi 150 000$ dans SABSA pendant un an, ce qui a permis à la clinique de prendre son envol cet automne et de collaborer avec une intervenante psychosociale, une coordonnatrice et des infirmières bénévoles. «Le soutien de la Faculté des sciences infirmières et de l’Université Laval nous donne une crédibilité incroyable. Cela montre que, même si nous ébranlons les pratiques traditionnelles dans le domaine de la santé et que nous ne sommes pas liées à un organisme communautaire, à un hôpital ou à un CLSC, nous sommes compétentes», s’exclame Isabelle Têtu, cofondatrice de la clinique SABSA, dont le projet s’est vu honoré par le programme Hommage aux innovations sociales de l’Université l’an dernier.

Bernard Roy s’intéresse depuis plusieurs années à un modèle de système de santé qui permet à des infirmières de poser certains gestes comme la prescription d’antibiotiques, la pose de stérilets et le suivi de malades chroniques, pour desservir une clientèle en manque de soins de proximité. «La tendance est à la centralisation des services, ce qui prive une partie de la population d’un accès aux soins, explique-t-il. Imaginez une mère avec trois jeunes enfants qui doit prendre l’autobus pour rejoindre la clinique…» Voilà pourquoi il s’implique avec sa collègue Clémence Dallaire, doyenne de la FSI, dans le projet de recherche Équipes de soins primaires intégrés (ESPI), auquel s’associent également Maxime Amar, professeur au Département de médecine sociale et préventive, ainsi que des collaborateurs d’autres universités. Le projet ESPI vise le soutien et l’évaluation de projets pilotes, comme celui de SABSA.

Consciente de l’importance de cette clinique, la FSI l’a pourvue en matériel informatique et, surtout, a mis son expertise à son service. Il s’agit d’une aide que Clémence Dallaire chiffre à au moins 15 000$ d’investissements directs, sans parler du soutien des chercheurs. «Les recherches montrent que les personnes atteintes d’une maladie chronique parviennent davantage à la contrôler quand elles sont suivies par une infirmière qui les encourage et les écoute, souligne la doyenne de la FSI. Avec SABSA, on va enfin pouvoir chiffrer les besoins auxquels les infirmières répondent et comprendre les types de diagnostics qu’elles posent. Ce sont des données essentielles pour montrer que les soins dispensés par les infirmières correspondent aux demandes de la population.»

Une professeure de la FSI travaille d’ailleurs sur une simulation de facturation qui va permettre à l’infirmière praticienne de colliger tous les actes de soins qu’elle pose dans une journée et d’évaluer leurs coûts. D’autres professeurs vont proposer des modèles de soins ou des capsules éducatives, tandis que deux étudiantes commenceront bientôt un stage. Pour sa part, Bernard Roy étudie, grâce à des entrevues avec les patients, la façon dont la clinique s’est implantée dans les quartiers Saint-Roch et Saint- Sauveur et les liens qu’elle entretient à la fois avec les médecins de la clinique médicale Saint-Vallier toute proche et les organismes communautaires. «J’observe la façon dont Isabelle Têtu et les autres intervenants résolvent les difficultés rencontrées, dit-il, et je reconnais la volonté d’interdisciplinarité dont tous font preuve. Selon moi, ce genre de clinique pourrait contribuer à dénouer le noeud de l’inaccessibilité aux services.» C’est une opinion que partage l’infirmière praticienne Isabelle Têtu, qui fait face à une clientèle toujours grandissante depuis l’ouverture de la clinique.

Renaud Philippe/Le Devoir

L'infirmière praticienne Isabelle Têtu lors d'une visite chez la famille Bourgeois dans Saint-Sauveur.

Photo: Renaud Philippe/Le Devoir

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