Les applis santé pourraient avoir des retombées intéressantes pour certaines personnes souffrant de maladies chroniques, mais, pour qu’elles livrent leur plein potentiel, il faudra que les concepteurs de ces outils se mettent davantage au diapason des besoins et du vécu des usagers. Voilà sommairement ce qui se dégage d’une étude qu’une équipe de la Faculté de Médecine et de l’Université Cornell vient de publier dans le Journal of Medical Internet Research.

Environ 20% des personnes qui possèdent un téléphone intelligent ont déjà téléchargé une appli santé sur leur appareil, mais la plupart cessent de l’utiliser après quelques jours. Pourtant, l’enregistrement de données sur le niveau d’activité physique, sur la consommation alimentaire ou sur des paramètres comme le taux de sucre et la pression artérielle pourrait constituer une source d’information intéressante pour les personnes préoccupées par leur santé et pour les professionnels qui les soignent.

Comme ces outils pourraient être particulièrement utiles au suivi des personnes souffrant de multiples maladies chroniques, Holly O. Witteman et Thierry Provencher, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, et l’équipe de Jessica Ancker, de l’Université Cornell, ont voulu savoir si ces personnes compilaient déjà des données sur leur santé, avec quels outils elles le faisaient ou quels obstacles les empêchaient de le faire. Les chercheurs ont donc réalisé des entrevues avec 22 patients souffrant de plusieurs maladies chroniques (diabète de type 2, maladies cardiaques, douleurs chroniques, dépression, etc.). Ils ont aussi rencontré 7 professionnels de la santé pour recueillir leurs perceptions sur les données fournies par leurs patients.

Les entretiens ont révélé que moins de la moitié des participants compilaient des données sur leur santé, que ce soit à l’aide d’un outil électronique ou sur papier. «Le premier obstacle soulevé par plusieurs est que la prise régulière de données est un travail fastidieux qui exige du temps», signale Holly O. Witteman. Autre problème, les professionnels de la santé accordent plus de poids aux données qui proviennent de tests de laboratoire qu’aux données compilées par les patients, une attitude qui n’échappe pas à ces derniers. Enfin, pour les répondants, les données qu’ils enregistrent n’ont pas une valeur purement neutre et objective: elles suscitent des émotions positives lorsqu’elles sont favorables, mais aussi des émotions négatives et des jugements de valeur lorsqu’elles indiquent qu’il y a un problème, signale la professeure Witteman. «Certains répondants nous ont dit que la prise de données était un rappel constant qu’ils étaient des personnes malades ou encore de mauvais patients qui obtiennent de "mauvais" chiffres.»

Néanmoins, cette spécialiste en génie des facteurs humains croit au potentiel des applis santé. «Il faudra toutefois améliorer le processus de design et de développement pour l’axer davantage sur l’utilisateur. Les applis santé ne règleront pas tous les problèmes pour tout le monde, mais elles peuvent s’intégrer dans un système de soins dans lequel collaborent les patients et les professionnels de la santé», estime-t-elle.