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Volume 52, numéro 24b | 13 avril 2017

Société

Les sciences au féminin

Quel chemin reste-t-il à faire pour une présence plus assurée des femmes dans les domaines des sciences et du génie?

Par Brigitte Trudel

Voilà une question pertinente à soulever à l’occasion du Mois national du génie. Célébré chaque année en mars partout au Canada, l’événement était souligné pour la première fois sur le campus par l’association Ingénieurs sans frontières de l’Université Laval.

«Notre regroupement vise l’amélioration de la profession sous tous ses angles, donc se pencher sur la présence féminine dans les métiers du génie et des sciences s’intègre parfaitement à notre mandat», explique le coprésident de l’association Ingénieurs sans frontières de l’Université Laval et étudiant de deuxième année en génie industriel, Étienne Bouchard.

Ainsi, le 31 mars, quelques doctorantes, travailleuses dans le domaine et professionnelles de recherche ont témoigné de leur expérience devant un auditoire tant masculin que féminin. La table ronde, qui regroupait cinq intervenantes, était animée par Claire Deschênes, professeure au Département de génie mécanique et titulaire de la Chaire CRSNG/Alcan pour les femmes en sciences et génie de 1997 à 2006. «Oui, il y a eu beaucoup d’amélioration depuis que moi-même, j’ai commencé dans ce domaine, a admis d’emblée la chercheuse, mais beaucoup reste à faire, car malgré la promotion des sciences et du génie auprès des femmes, leur taux d’inscription à ces programmes universitaires demeure bas, soit autour de 14%.»

Il s’est dégagé de la discussion que, si les inégalités flagrantes et le sexisme n’ont plus leur place en entreprise, sur les chantiers et en laboratoire, il n’en demeure pas moins que des biais insidieux persistent. «Par exemple, certains employeurs choisissent de ne pas proposer de gros dossiers à des femmes pour éviter les surcharges avec leur vie de famille», a illustré Carol-Anne Gauthier, professionnelle de recherche à la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, savoirs et sociétés. Cela part d’une bonne intention, mais il y a une perception «genrée» derrière ça.»

Un autre déséquilibre insidieux se trouve derrière la répartition des tâches. En laboratoire, a-t-il été soulevé, il n’est pas rare que les manipulations expérimentales soit l’affaire des hommes et la prise de notes, celle des femmes. Édith Ducharme, étudiante de deuxième année au baccalauréat en génie physique et organisatrice de la rencontre, a vécu une situation semblable la session dernière. «Ça s’est produit de façon anodine, mais cela m’a tout de même interpellée», relate-t-elle.

En outre, même si les femmes font davantage carrière en sciences aujourd’hui, elles ne sont pas plus nombreuses à occuper des postes clés. À ce propos, l’idée de la confiance en soi a ressurgi à maintes reprises. Or, cette confiance, il faut la favoriser dès le plus jeune âge en encourageant les jeunes filles à s’intéresser aux sciences, a réitéré les participantes à la table ronde. «Il faudrait également offrir plus de modèles féminins de scientifiques qui ont réussi», ajoute Édith Ducharme.

Enfin, toutes les personnes présentes ont insisté sur la nécessité de maintenir la discussion et la sensibilisation sur ce sujet à l’école, mais aussi en milieu professionnel. «C’est très important, car on est appelé à travailler en équipe, soutient Étienne Bouchard. Pour de meilleurs résultats, le mélange des points de vue masculin et féminin est primordial.» C’est la même chose pour l’avancement de la science, renchérit Claire Deschênes. «Les femmes ne se posant pas les mêmes questions que les hommes, l’apport des deux sexes permet une diversité beaucoup plus riche en termes de recherche», déclare-t-elle.

Il s’agit d’un message plein de sens pour Édith Ducharme. La future ingénieure entend bien continuer à s’impliquer dans cette cause qui lui tient à coeur. «En tant que femme, je me sens redevable envers toutes celles qui se sont battues pour nous faire de la place», fait valoir celle qui, l’an dernier, a participé au projet «Études sur la progression et la rétention des femmes dans les professions et métiers ayant été réservés aux hommes», auquel ont contribué la Chaire de leadership en enseignement – Femmes et organisations, la chaire Claire-Bonenfant – Femmes, savoirs et sociétés et le Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail.

femmes-en-sciences-conference-credit-Marc-Robitaille

Anne Roy, professeure de didactique des mathématiques à l'UQTR, Carol-Anne Gauthier, professionnelle de recherche à la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, savoirs et sociétés, Marie Pelletier, ingénieure de procédés au département d'optimisation chez Énergie Valero, Samira A. Rahimi, ingénieure en génie industriel et postdoctorante au centre de recherche du CHUQ, Mathilde Jean-Saint-Laurent, étudiante au doctorat en génie mécanique et l'animatrice Claire Deschênes.

Photo: Marc Robitaille

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