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Volume 45, numéro 29 | 22 avril 2010

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Les tambours du roi

Par la grâce de son instrument, le musicien militaire de la Nouvelle-France parlait au nom de l’autorité royale

Par Renée Larochelle

Chaque été, le Festival international de musiques militaires de Québec attire une foule nombreuse dans les rues de la ville. Les gens assistent ainsi au défilé de musiciens militaires de plusieurs pays qui battent le tambour et jouent de la trompette dans une atmosphère bon enfant. On est très loin de l’époque de la Nouvelle-France où l’arrivée du tambour — nom du musicien jouant de cet instrument — sur la place publique signifiait à la population de porter attention parce qu’un ordre émanant du roi de France allait être proclamé. C’était la criée des  ordonnances, un rituel témoignant de l’absolutisme royal français dans sa colonie nord-américaine, selon Jean-François Plante, qui a effectué sa thèse de doctorat en ethnologie des francophones en Amérique du Nord sur les musiciens militaires dans l’espace sonore, social et rituel de la Nouvelle-France. Arborant un uniforme aux couleurs du souverain, le tambour escortait l’huissier de la juridiction royale qui livrait alors son message. «Élément essentiel de la vie collective, le tambour participait à une opération symbolique et représentait en quelque sorte la voix de l’autorité, explique le chercheur. Il constituait pour la population une forme de contact avec le roi, son image ou son idée.»

La bataille du son
Incontournable personnage du Canada naissant, le musicien militaire de la Nouvelle-France exerce son métier autant dans des occasions à caractère civil et social qu’en réponse aux nombreuses demandes propres à son milieu de travail fortement hiérarchisé et codifié. «Le tambour pouvait annoncer que le roi était malade comme il pouvait demander au peuple de prier la Vierge Marie afin que les Français remportent une bataille, souligne Jean-François Plante. En plus d’être associé à l’image du roi, le tambour rythmait la vie des soldats, sonnant le réveil le matin et indiquant la retraite le soir. C’était aussi la voix du commandement. Face à l’ennemi, il donnait aux troupes le signal de charger, de se retirer ou de capituler. C’est encore lui qui accompagnait les délégations sommant l’ennemi de se rendre.» 

Selon Jean-François Plante, la lutte que se livraient le pouvoir religieux et le pouvoir militaire se traduisait par le fait qu’aucun des deux ne voulait laisser l’avantage à l’autre, quand il était question de se faire entendre. Par exemple, l’arrivée d’un militaire ayant remporté une bataille était accueillie par une salve de canons, en même temps que se profilait le bruit des cloches. De leur côté, les soldats tiraient du  mousquet durant les processions religieuses. «Tout cela nous montre qu’il existait en Nouvelle-France une vie rituelle et collective en dehors de l’Église», de constater le chercheur, qui se propose de pousser plus loin sa recherche dans une étude portant sur le son en Nouvelle-France et comment on peut tenter d’y recréer une identité par la musique.

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La Compagnie franche de la Marine. «Élément essentiel de la vie collective, le tambour participait à une opération symbolique.»

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