En pénétrant dans la salle de l’exposition Lignes de vie, on entre dans une nouvelle dimension, celle de l’immensité du territoire australien, mais aussi celle des grandes traditions artistiques de ses habitants autochtones, dont la présence en terre australienne remonte à plus de 60 000 ans. L’espace donne place à l’expression, à la fois contemporaine et traditionnelle, de ceux et celles qui vivent leur identité d’Aborigène à travers l’art.

Divisé en trois zones thématiques – Terres de rêves, Terres de savoirs et Terres de pouvoirs – ce parcours nous porte à la découverte de ce peuple, en nous révélant notamment son rapport à la nature, à la cosmologie et nous en apprend aussi davantage sur leur colonisation.

À l’entrée de la salle, une immense œuvre collective, réalisée par 36 artistes de la communauté de Yuendumu, qui réside dans le désert de Tanami au nord-est de l’Australie, est posée par terre, pour que les visiteurs puissent mieux saisir l’univers du rêve qu’elle dépeint. Il s’agit d’ailleurs de la première fois qu’un musée expose une telle création au sol, et non accrochée au mur, à la grande satisfaction de la professeure Sylvie Poirier et de la commissaire de l’exposition, Françoise Dussart. «Les Aborigènes travaillent sur le sol et, pour eux, il semble logique de regarder leur peinture de cette façon», explique Sylvie Poirier, qui a séjourné à plusieurs reprises dans cette région d’Australie.

Cette toile est unique, car chaque motif symbolise, par des lignes ou des cercles concentriques très colorés, un être ou un lieu particulier, comme un ancêtre, un kangourou, des dingos, une montagne, une mine d’ocre rouge ou un point d’eau. «Contrairement à l’art occidental, il ne s’agit pas d’un art individuel, de la vision d’un seul artiste, mais d’une manière de transmettre un système de pensée, une expérience de vie, tout comme la musique ou la danse», explique l’anthropologue. Une courte vidéo donne d’ailleurs quelques éléments pour guider le visiteur dans ce magnifique labyrinthe. Très liées à Terre, les créations des Autochtones d’Australie s’inspirent beaucoup d’éléments naturels. L’exposition permet, entre autres, de voir des peintures sur écorce ou des gravures évoquant les dunes du désert australien.

Dans l’exposition, il est aussi question du passé des Aborigènes, dont l’expérience coloniale ressemble à celle vécue par les Premières Nations et les Inuits. Fiers de leur identité et de leur origine, les artistes autochtones utilisent leurs créations comme des moyens de revendication politique. Par la présence d’une flaque de sang symbolique au sol, l’œuvre Sel dans la blessure de Judy Watson évoque le viol de femmes dans les années 1940. La photographie d’une jeune Aborigène dévêtue et coiffée d’un bicorne pose, quant à elle, la question de l’identité d’un peuple spolié d’une partie de sa richesse économique et culturelle.

Cela dit, l’art aborigène reste bien vivant et traverse aujourd’hui les frontières.

Lignes de vie – Art contemporain des Autochtones d’Australie est présenté jusqu’au 5 septembre par le Musée de la civilisation, en collaboration avec le Kluge-Ruhe Arboriginal Art Collection de l’Université de Virginie. Plus d’information.