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Volume 53, numéro 24 | 5 avril 2018

Arts

L’incroyable histoire de Nadine Pilon

Avec Malek et moi, son plus récent roman, le professeur Alain Beaulieu s'amuse à brouiller les cartes entre fiction et réel

Par Matthieu Dessureault

Alain Beaulieu terminait la rédaction de L’interrogatoire de Salim Belfakir, son treizième roman, quand il a reçu un courriel plutôt intrigant. Une lectrice de la région de Montréal, Nadine Pilon, lui demandait de l’aide pour raconter sa propre histoire. Une première pour l’auteur, qui, dans les mois qui ont suivi, a plongé à pieds joints dans ce projet! Ainsi est né Malek et moi.

Deux voix s’entrecroisent dans ce roman: celle de Nadine Pilon, publicitaire qui décide de tout quitter pour aller vivre à Paris, où elle fera la connaissance de Malek Elfassi, un homme aussi charmant que mystérieux, et celle d’Alain Beaulieu, qui détaille ses rencontres avec cette femme marquée à jamais par un secret. Malek et moi est en quelque sorte un roman sur l’écriture d’un roman. Un roman où réalité et fiction sont tissées tellement serré qu’il devient ardu de tracer une ligne claire entre les deux.

S’il avait déjà flirté avec l’autofiction dans Le joueur de quilles, dans lequel un alter ego jouait son rôle, cette fois Alain Beaulieu se met lui-même en scène, narrant l’histoire à la première personne. Même si une grande partie du récit est une pure invention, il n’en demeure pas moins qu’une certaine vérité se dégage de l’œuvre. «Le roman a été écrit à partir de ma propre personne. Le personnage d’Alain Beaulieu que l’on trouve dans l’histoire n’est pas différent de qui je suis. Les réflexions qu’il porte sur le travail d’écriture ou sur la vie en général, tout cela me ressemble beaucoup. La part de vérité est dans ce que d’aucuns pourraient penser que c’est de la fiction», dit-il.

Histoire vraie ou pas, l’auteur prend un plaisir évident à laisser planer le doute. «C’est un jeu avec le lecteur, à qui je laisse croire que tout est vrai. Certains y croient, d’autres non, mais qu’est-ce que ça change si je dis que c’est vrai ou que ce ne l’est pas? La littérature est un gros mensonge. Avec mon livre, je pousse cette idée à l’extrême et, ensuite, j’essaie de me débrouiller quand vient le temps de donner des entrevues ou de discuter avec des lecteurs. Chaque fois, je patine un peu!», lance-t-il en riant.

Cet amalgame entre fiction et réalité se trouve au cœur d’un séminaire qu’il donne cet hiver, Autofiction et écritures de soi. À ses étudiants, il explique comment l’autofiction peut se décliner de différentes manières. «Les définitions varient d’un penseur à l’autre. Pour Serge Doubrovsky, qui a inventé ce terme en 1977, il s’agit d’une mise en scène de soi. Selon Vincent Colonna, c’est une histoire fausse dans laquelle l’auteur s’inscrit comme personnage. Avec Malek et moi, je rejoins cette vision, mais il existe plusieurs autres interprétations qui sont possibles.»

Alain Beaulieu fait partie des nombreux auteurs qui prendront part au Salon international du livre de Québec, du 11 au 15 avril. Avec Catherine Mavrikakis, Marc Séguin et Dany Laferrière, il participera à une table ronde qui portera sur… la vérité dans la littérature! Il fera également partie d’une autre discussion avec Kim Thúy, Nathasha Kanapé Fontaine, Soumaya Naamane Guessous et Sébastien Fréchette qui tournera autour de la question des tournées des écrivains.

Évidemment, l’auteur profitera de sa présence au Salon du livre pour rencontrer des lecteurs et, qui sait, peut-être dévoiler quelques secrets sur son roman!


Alain-Beaulieu-Credit-Chantal-Blouin

Auteur prolifique, Alain Beaulieu est professeur de création littéraire au Département de littérature, théâtre et cinéma.

Photo : Chantal Blouin

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