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Volume 52, numéro 24b | 18 avril 2017

À la une

L’ingénu, le maelstromiste et le cosmopolite

Dans sa thèse de doctorat, Brigitte Martin classe en trois catégories les étudiants qui effectuent un séjour d'études ou de recherche à l'étranger

Par Yvon Larose

Pascale Hunter Poelman est inscrite au doctorat en médecine. À l’automne 2016, elle a passé trois mois dans autant d’hôpitaux d’Antananarivo, à Madagascar, dans le cadre du Profil international, un des programmes de mobilité étudiante offerts à l’Université Laval. Son expérience clinique, elle la qualifie d’incroyable.

«Vous créez des amitiés précieuses, naissant de l’ouverture sur les cultures de l’un et l’autre et sur les nombreuses similarités qu’elles comportent, explique-t-elle. Vous créez des liens professionnels uniques, en échangeant sur le système de santé propre à chaque pays. Vous ne pouvez que constater à quel point vous avez à apprendre de l’expérience des médecins malgaches et de leur débrouillardise sans égale.»

Selon l’étudiante, il est utile d’apprendre des notions de base en langue malgache. «Vous pouvez ainsi jouer un rôle plus actif, dit-elle. Le séjour à Madagascar peut parfois être éprouvant, mais il en sera ainsi si vous décidez de faire de la santé internationale. Vous aurez une tonne de défis: barrière linguistique, dilemmes éthiques, maladies spécifiques à cette région du monde, nouveau fonctionnement hospitalier.»

Brigitte Martin est responsable du Profil international – développement des partenariats internationaux au Bureau international de l’Université. L’an dernier, elle a soutenu sa thèse de doctorat en anthropologie. Celle-ci portait sur des étudiants ayant effectué un séjour de mobilité universitaire de septembre 2000 jusqu’en mai 2012. Sous peu, elle publiera, sur le site Web du Bureau canadien de l’éducation internationale, un article synthèse de sa recherche doctorale.

«Depuis quelques années, souligne-t-elle, nous envoyons annuellement à l’étranger entre 900 et 950 étudiants. Chaque séjour dure environ cinq mois. Notre carte mondiale s’est enrichie. Nous sommes désormais présents sur les cinq continents. Nous avons signé un nombre incroyable de protocoles d’échanges étudiants avec des établissements d’enseignement. Parfois, nous en avons une demi-douzaine avec la même université.»

Dans le cadre de sa recherche, Brigitte Martin a interviewé 53 étudiants inscrits dans une quarantaine de programmes d’études. Ils représentaient l’ensemble des facultés. Les inscrits du premier cycle formaient la majorité de l’échantillon. Mais chez tous les étudiants rencontrés, le fait d’effectuer un séjour d’études ou de recherche à travers le monde a constitué un événement fondateur, celui d’une connaissance de soi. Il a aussi permis d’expérimenter, à différents niveaux, une véritable autonomie. «Les étudiants, poursuit-elle, ont développé une conscience plus accrue de leur identité et de leur capacité à créer du sens dans leurs actions.»

Les données recueillies ont permis à Brigitte Martin de définir trois catégories d’étudiants attirés par la mobilité internationale, soit l’ingénu, le maelstromiste et le cosmopolite.

Selon elle, la majorité des étudiants qui participent à ces programmes suivent le parcours de l’ingénu. Ces candidats sont très motivés et désireux de se démarquer des autres. Ils sont inscrits en droit, en administration ou en sciences et génie, et ils choisissent des universités partenaires de prestige ainsi que des bourses exclusives de mobilité. «Les ingénus, soutient-elle, sont parmi les étudiants qui soupçonnent le moins l’éventail des difficultés qui les attendent et la capacité d’adaptation dont ils devront faire preuve.»

Le maelstromiste, quant à lui, vit avec plusieurs incertitudes quant à son avenir professionnel. Il est relativement détaché de son environnement local et s’intéresse aux déplacements. Voyager le motive davantage que la moyenne des étudiants. «L’expérience de mobilité chez le maelstromiste est liée à la nécessité d’effectuer certains rites de passage, affirme Brigitte Martin. Ces rites apparaissent par le besoin de multiplier les déplacements dans le temps et dans l’espace pour accumuler les symboles et les contacts interculturels.»

Enfin, le cosmopolite a comme motivation première une insatiable quête de soi. Bien qu’étant attaché à ses racines familiales et à sa culture locale, cet étudiant cherche à partir à la découverte de soi, grâce à sa rencontre avec autrui, au moyen d’un projet de recherche, d’une cause sociale, d’un art. «Pour cet étudiant, indique-t-elle, le séjour de mobilité est une occasion d’intensifier ses valeurs profondes, culturelles, politiques et environnementales ainsi que d’enrichir sa capacité à entrer en contact avec d’autres cultures. L’étudiante Pascale Hunter Poelman entre dans cette catégorie.»

Dans sa recherche doctorale, Brigitte Martin a abordé le phénomène des réseaux sociaux, lesquels peuvent jouer un rôle dans le succès de l’expérience de mobilité étudiante. Selon elle, un certain nombre d’étudiants, conscients qu’ils garderaient un contact permanent avec leurs proches, ont trouvé la motivation nécessaire pour partir à l’étranger. «Les réseaux sociaux donnent le sentiment de n’être pas trop loin de la maison, explique-t-elle. Cette connectivité peut se traduire par une capacité à se sentir plus en sécurité et plus à l’aise durant le séjour.»

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L'étudiante en médecine Pascale Hunter Poelman en compagnie de ses collègues, internes en pédiatrie, à l'hôpital Tsaralalana durant son séjour de trois mois à Madagascar à l'automne 2016.

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