Vous êtes parent, vous occupez un emploi, vous tentez de bien nourrir votre famille, mais vous avez l’impression de manquer de temps pour faire les choses correctement? Bienvenue dans le club. Une étude réalisée auprès de plusieurs centaines de Canadiens montre que ceux qui travaillent à temps plein ont autant de compétences alimentaires que ceux qui occupent un travail à temps partiel ou ceux qui sont sans emploi, mais ils manquent cruellement de temps pour planifier et préparer les repas.

Melissa Anne Fernandez, Sophie Desroches, Mylène Turcotte et Véronique Provencher, de l’École de nutrition et de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, et Marie Marquis, de l’Université de Montréal, dressent ces constats dans un article qu’elles viennent de publier dans le Canadian Journal of Dietetic Practice and Research. Les chercheuses ont analysé les réponses de 767 parents canadiens à un sondage Web portant sur leur situation d’emploi, leur alimentation, leurs connaissances alimentaires, la planification des repas, leurs habiletés culinaires, leur capacité d’améliorer des recettes pour les rendre plus santé et leurs efforts pour faire participer les enfants à la planification et à la préparation des repas.

Leurs analyses ont révélé qu’il n’y avait pas de lien entre la situation d’emploi et la qualité de l’alimentation ou les compétences alimentaires des parents. Le fait de travailler à temps plein était associé à une probabilité moindre de planifier les repas de la semaine (51% plus faible) ou de cuisiner à partir d’ingrédients de base sains (36% plus faible), deux stratégies fortement encouragées par le nouveau Guide alimentaire canadien.

«Le temps était l’obstacle à la préparation des repas le plus souvent mentionné, quelle que soit la situation d’emploi, mais il était considérablement plus important pour les personnes travaillant à temps plein, souligne la responsable de l’étude, Véronique Provencher. Il s’agit d’un enjeu majeur et il faut aider les parents à adopter des stratégies qui facilitent la préparation des repas.»

Même si la chose peut sembler contre-intuitive, prendre le temps de s’asseoir pour planifier les repas des jours à venir est un investissement payant, estime la chercheuse. «Lorsqu’on sait ce que l’on va manger, on gagne du temps à l’épicerie ainsi qu’au moment de la préparation des repas. On ne perd pas de temps devant le frigo à se demander ce qu’on pourrait bien préparer pour le repas du soir quand on rentre du travail.»

Une autre stratégie qui rapporte à long terme: faire participer les enfants à la planification et à la préparation des repas. «C’est exigeant quand ils sont jeunes, mais peu à peu, ils développeront des habiletés, des compétences et de l’autonomie qui seront profitables à tous», estime-t-elle. Deux autres stratégies coupe-temps: préparer des plats en plus grand volume que nécessaire et en faire congeler une partie en prévision des repas de semaine et utiliser une mijoteuse pour avoir un repas chaud qui vous attend au retour à la maison.

«Par ailleurs, il serait bon de réfléchir à ce que l’on considère être un temps raisonnable pour la préparation des repas, souligne Véronique Provencher. Cet exercice nous oblige à examiner notre relation au temps et à situer l’importance qu’on accorde à une bonne alimentation par rapport au reste de nos activités. Pour certains, 30 minutes, c’est beaucoup alors que pour d’autres, c’est peu. C’est un concept très relatif.»