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Volume 50, numéro 19 | 5 février 2015

À la une

Lire l’avenir de l’épinette dans ses gènes

Aux arbres bien nés, la valeur n'attendra plus le nombre des années grâce à des tests génomiques rapides

Par Jean Hamann

Dans un récent numéro de BMC Genomics, une équipe de recherche en foresterie annonce avoir mis au point des tests qui permettent de prédire, à partir de l’analyse du génome d’épinettes blanches âgées de quelques semaines, quelles seront les caractéristiques de ces arbres 20 ans plus tard. Ces tests, développés par des chercheurs de l’Université Laval, du ministère des Ressources naturelles du Canada et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, réduiraient par un facteur trois le temps requis pour sélectionner des lignées d’épinettes possédant les qualités recherchées pour les opérations de reboisement.

L’étude a porté sur 1748 épinettes blanches issues de croisements effectués dans deux plantations expérimentales du Québec. Lorsque ces arbres ont atteint l’âge de 17 ans, les chercheurs ont mesuré leur hauteur, leur diamètre et la densité de leur bois. L’analyse génomique de chaque spécimen a permis d’établir des liens entre 7000 variantes du génome et les caractéristiques physiques de ces arbres. «Nous avons testé la validité de nos modèles de prédiction sur un autre groupe d’arbres matures, explique le responsable de l’étude, Jean Bousquet, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique forestière et environnementale. Les prédictions auxquelles nous arrivons pour la taille des arbres et les caractéristiques du bois ont une précision de l’ordre de 90% par rapport à ce que nous observons en réalité.»

Les retombées pratiques de cette percée sont énormes, soutient le professeur Bousquet. «Avec l’approche traditionnelle, il faut environ 30 ans pour sélectionner une lignée améliorée d’épinettes blanches, la tester et cultiver les plants jusqu’au stade où ils peuvent être plantés en forêt. À l’aide de nos tests, il faudra moins de 10 ans.»

C’est grâce aux progrès spectaculaires réalisés en génomique forestière depuis cinq ans que ces tests ont pu être mis au point. L’une des avancées majeures est survenue en 2013 alors que l’équipe de John MacKay et de Jean Bousquet a réalisé le séquençage complet du génome de l’épinette blanche. Ces données permettent d’associer les variantes du génome à des caractéristiques physiques ou physiologiques des arbres. «Les tests prédictifs que nous avons développés sont une retombée concrète de ces recherches, souligne le professeur Bousquet. On peut maintenant envisager la sélection rapide de lignées d’épinettes ayant une meilleure qualité de bois, une plus grande résistance aux insectes nuisibles ou qui sont bien adaptées au climat, ce qui est essentiel dans le contexte des changements climatiques.»

L’article paru dans BMC Genomics est signé par Jean Beaulieu, Trevor Doerksen, John MacKay, André Rainville et Jean Bousquet.

Michel Rioux

Les tests génomiques réalisés sur des semis âgés de quelques semaines permettent de prédire la taille qu'ils atteindront deux décennies plus tard.

Photo: Michel Rioux

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