Depuis 2012, la professeure Marie-Hélène Parizeau, de la Faculté de philosophie, siège à la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (ou UNESCO, son acronyme anglais). Un an après sa nomination comme membre, la professeure de l’Université Laval était élue vice-présidente de la Commission. Puis, en 2015, elle entreprenait un mandat de deux ans comme présidente. Elle occupe toujours cette fonction dans le cadre d’un second mandat, lequel se terminera à la fin de 2019.

En quelques mots, la COMEST est un organe consultatif et un forum de réflexion composé de 18 spécialistes des disciplines scientifiques, juridiques, philosophiques, culturelles et politiques. Ceux-ci sont originaires de diverses régions du monde. Ils ont pour rôle d’énoncer des principes éthiques susceptibles d’éclairer les débats des responsables politiques. «Le travail de la COMEST, explique Marie-Hélène Parizeau, est de réfléchir sur les principes éthiques communs face au développement et aux conséquences des nouvelles connaissances et des innovations technologiques, et de proposer un cadre de référence éthique pour fonder des décisions politiques.»

Le plus récent rapport de la Commission porte sur l’éthique de l’eau: océans, eau douce et zones côtières. Il a été adopté en septembre et sera mis en ligne sous peu. «Dans ce rapport, indique la professeure, la Commission avance l’idée d’une utilisation durable de l’eau, notamment par l’éducation et une bonne gouvernance. Il faut aller vers une utilisation plus frugale et un accès plus juste à l’eau. Cette justice vaut autant pour les humains que pour les écosystèmes. Il faut revoir nos modes de consommation. On pollue continuellement les cours d’eau qui mènent à la mer. L’océan est devenu une poubelle. Il faut aussi tenir compte des limites des océans à la lumière des changements climatiques. Il faut revoir nos façons de les gérer.»

En octobre dernier, la chef de section de bioéthique et de l’éthique des sciences au secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO, Dafna Fienholz, a écrit une longue lettre au doyen de la Faculté de philosophie de l’Université Laval, Luc Langlois. Dans sa missive, la chef de section vante les mérites de Marie-Hélène Parizeau, louant son efficacité, son esprit d’initiative et son talent de coordonnatrice. Selon elle, la professeure a notamment «joué un rôle décisif dans l’avancement et l’achèvement de la réflexion de la COMEST que la Commission a entamée depuis plusieurs années sur la problématique des nouveaux défis globaux pour les relations entre les sciences et la société, et des enjeux éthiques relatifs aux changements climatiques».

Dans le site de la Faculté de philosophie, la biographie de Marie-Hélène Parizeau fait mention de sept domaines d’intérêt, dont cinq sur l’éthique. «Toutes mes publications sont reliées à l’éthique, dit-elle. Pour mon enseignement, j’ai développé un cours d’introduction à l’éthique de l’environnement que je donne toujours. Je détiens un baccalauréat en sciences biologiques et ce qui m’intéresse est le lien entre la science, la technologie et la société, comment se fait le dialogue sur le plan éthique.»

La notion d’éthique s’applique à tous les sujets. La professeure Parizeau en a fait la preuve le 11 décembre au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal dans le cadre d’un échange sur le thème «Habiter l’Univers». «J’ai discuté du développement des programmes de l’exploration spatiale avec une astrobiologiste et chercheuse à la NASA, raconte-t-elle. On sait qu’il y a des formes de vie sur Mars: on y touche ou pas? Quelle est notre relation avec une autre planète? Est-ce qu’on y exporte nos schémas d’extraction du minerai?»

À ses débuts comme présidente de la COMEST, en 2015, la Commission portait un lourd héritage sur la question des changements climatiques, celui de la Conférence de Copenhague de 2009. «C’était le désespoir, se rappelle-t-elle, les gens disaient qu’on n’arriverait à rien. On était en plein climatoscepticisme. Mon point de vue était que la COMEST avait l’obligation morale de continuer ses travaux entrepris quelques années auparavant sur l’éthique des changements climatiques, surtout dans le débat où l’on attaquait la science. Je me suis occupée d’aller de l’avant.»

Malgré les fortes pressions politiques qui allaient dans le sens d’arrêter ses travaux, la COMEST a persévéré. Sa présidente avait analysé qu’avec l’horizon de la Conférence de Paris de 2015, il serait possible d’infléchir la détermination de certains pays dans le sens de la coopération pour lutter contre les changements climatiques, car il y avait un contexte politique favorable. «Notre rapport de septembre 2015 recommandait que l’UNESCO aille de l’avant avec une Déclaration de principes éthiques en rapport avec les changements climatiques, souligne Marie-Hélène Parizeau. Cette proposition a été entérinée par les États membres fin 2015. L’UNESCO a maintenant une telle Déclaration qui donne des repères éthiques sur la façon dont les États devraient orienter leurs politiques publiques en matière de lutte aux changements climatiques.»

Un autre important rapport de la Commission a paru en 2017 sur l’éthique de la robotique. Ce document, qui a beaucoup circulé, consacre 25% de son contenu aux armes autonomes. Une fois activée, une arme autonome sélectionne et attaque des cibles sans intervention humaine supplémentaire. «Notre rapport soutient qu’il faut toujours des humains dans la boucle, explique la professeure. Si l’humain perd le contrôle, on dépasse une limite qui peut être catastrophique. Sur le plan moral, il est condamnable de tuer des humains. Les armes autonomes peuvent changer la nature de la guerre. Il ne faut pas laisser la décision à la machine. C’est une question de responsabilité humaine. Cela est vrai pour toutes les applications de la robotique.»

En janvier prochain, Marie-Hélène Parizeau donnera à l’Université un séminaire de 2e et de 3cycle sur certains enjeux d’éthique de l’environnement: éthique des changements climatiques, développement durable, anthropocène et éthique de l’eau.

Selon elle, le travail qu’elle a mené à l’UNESCO a eu une influence directe sur son enseignement. «En particulier, dit-elle, les exemples que je donne ne se limitent pas au Québec ou aux pays développés, mais incluent systématiquement des pays en développement. J’ai développé grâce à l’UNESCO une vision éthique plus globale qui inclut l’ensemble des pays de la planète et la diversité des cultures.»

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À Oslo, en Norvège, en mai 2018, lors de la réunion du groupe de travail de la COMEST sur l’éthique de l’eau: Zabta Shinwari, biologiste pakistanais, Workineh Kelbessa Golga, philosophe éthiopien et Marie-Hélène Parizeau.