«Il y a deux semaines, je me suis abonné à une page Facebook réunissant des gens qui s’entraident pour perdre du poids. Jusqu’à maintenant, j’ai perdu 14 jours.» Cette variante d’une blague classique illustre bien le paradoxe des médias sociaux et de la perte de poids. En théorie, les médias sociaux constituent une plateforme intéressante pour les personnes qui veulent en savoir plus sur les bonnes habitudes alimentaires ou qui cherchent du soutien pour perdre quelques kilos. En pratique toutefois, les médias sociaux ont surtout un effet négatif sur l’image corporelle des femmes.

C’est le constat auquel arrivent Audrée-Anne Dumas et Sophie Desroches, de l’École de nutrition, au terme d’une analyse minutieuse de quelque 80 études consacrées aux liens entre les médias sociaux, le contrôle du poids et l’image corporelle. Les deux chercheuses, rattachées à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, viennent de publier leurs conclusions dans la revue Current Obesity Reports. Voici dans quelle direction pointent les connaissances actuelles sur le sujet.

  • Les médias sociaux, notamment Facebook, sont des outils pratiques et appréciés pour diffuser de l’information sur les régimes et pour offrir du soutien aux personnes tentant de perdre du poids. Par contre, aucune étude n’a encore démontré l’efficacité d’une intervention effectuée exclusivement sur un réseau social pour perdre du poids.
  • Chez les femmes adultes, les échanges sur l’alimentation et l’activité physique qui se déroulent sur les médias sociaux semblent avoir plus d’influence que les échanges faits de vive voix sur les mêmes sujets avec des proches. «L’opinion des pairs de la communauté virtuelle semble avoir beaucoup d’importance», constate Sophie Desroches.
  • En général, la fréquentation des médias sociaux a un effet négatif sur l’image corporelle des femmes. Chez les adolescentes, le fait d’y consacrer plus de deux heures par jour est associé à un risque plus élevé d’insatisfaction par rapport à son poids et à un désir plus grand de perdre du poids.
  • Une fréquentation assidue des médias sociaux est associée à une plus grande préoccupation par rapport à la minceur. La propension à idéaliser la minceur et à se comparer aux autres exacerbe les effets négatifs des réseaux sociaux.
  • L’exposition à des images de femmes très athlétiques est associée à des préoccupations plus élevées par rapport au poids tant chez les personnes qui affichent ces photos que chez celles qui les regardent.
  • Tous les médias sociaux ne sont pas égaux par rapport aux problèmes liés à l’image corporelle. Twitter semble le moins dommageable, «peut-être parce qu’on y trouve moins de photos», avance la professeure Desroches.

La chercheuse précise qu’il existe des réseaux sociaux animés par des personnes qualifiées qui peuvent aider les gens dans leur démarche pour changer leurs habitudes de vie. «Par contre, dans l’état actuel des choses, la grande majorité des réseaux sociaux risque d’exacerber les problèmes d’image corporelle des personnes vulnérables. Nous espérons maintenant trouver des façons d’aider les gens à départager les bonnes ressources de celles qu’il vaut mieux éviter.»