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Volume 53, numéro 7 | 12 octobre 2017

Société

En marche vers la 4e révolution industrielle

Selon Jonathan Gaudreault, l'avenir du secteur manufacturier passe par la connectivité complète des usines

Par Yvon Larose

Le virage numérique envahit tous les secteurs d’activité, y compris le secteur manufacturier. Dans ce domaine, certains parlent même de l’avènement de la quatrième révolution industrielle, après la machine à vapeur comme force motrice, l’électrification de la production et l’arrivée des ordinateurs, de l’automatisation et de la robotique.

«Quelque chose de très fort est en train de se produire dans le secteur manufacturier, affirme le professeur Jonathan Gaudreault, du Département d’informatique et de génie logiciel. On assiste de plus en plus à l’intégration des systèmes physiques de production et des systèmes numériques. Le système formé de cette fusion se trouve, à son tour, connecté en continu et instantanément aux autres unités de production de la chaîne d’approvisionnement, de la matière première jusqu’au client. On se retrouve donc avec une représentation numérique de l’usine et de toute la chaîne logistique. »

Le mardi 10 octobre, au Musée de la civilisation de Québec, le professeur Gaudreault a prononcé une conférence à l’occasion d’un colloque organisé conjointement par les Hautes Études internationales et le Centre d’études pluridisciplinaires en commerce et investissement internationaux de l’Université Laval. La rencontre s’est déroulée sur le thème «Le Québec dans l’économie mondiale».

Durant son exposé, le conférencier a énuméré les nombreux avantages amenés par ce qu’il est convenu d’appeler l’usine 4.0. Ainsi modélisée, une telle usine permet de faire des simulations et de contrôler facilement les équipements. Selon lui, cette usine «intelligente» devient ultra-agile. «Les systèmes se parlent, dit-il, et tout se passe à la vitesse de la lumière. On peut faire des réaménagements, des installations ultrarapides. On peut fabriquer des produits sur demande et personnalisés, même de très petites quantités, pour à peu près le même coût que si on faisait de grandes séries.»

Les concepteurs d’une usine 4.0 font face à deux grands défis: l’automatisation des processus et la gestion des données massives. Tel un chef d’orchestre, le système logiciel mis en place doit permettre de coordonner les activités, décider ce qui doit être fait, quand et par qui ça doit être fait… Le système doit aussi pouvoir traiter et analyser en temps réel la masse de données produites par l’interconnexion des équipements, les plateformes, les produits, les matières premières, les clients et les fournisseurs.

Jonathan Gaudreault dirige le Consortium de recherche en ingénierie des systèmes industriels 4.0. Ce regroupement est voué à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur manufacturier. Selon lui, les médias parlent peu de ce secteur lorsqu’il est question d’intelligence artificielle. «C’est pourtant l’un de ceux qui devraient le plus bénéficier d’une couverture médiatique, poursuit-il. Dans un contexte industriel, l’IA aide à l’analyse de données et à la prise de décision.»

Le professeur qualifie le Québec de «puissance» reconnue dans le domaine de l’IA. «Nous avons développé, dit-il, de grands laboratoires et nous faisons énormément progresser la recherche dans ce domaine. Nos “cerveaux” et nouveaux diplômés pourront être mis à contribution pour soutenir nos entreprises manufacturières.»

L’usine 4.0 est plus qu’un concept émergent au Québec et dans le monde. «Il y a des cas concrets, et le Québec a des leaders, indique le professeur. Je suis très impressionné par la croissance phénoménale de la firme québécoise APN. Elle fait de l’usinage de pièces métalliques de haute précision et toute sa philosophie est basée sur l’idée de l’industrie 4.0. Le gouvernement du Québec a choisi cette entreprise comme vitrine technologique 4.0. Tous les gouvernements des pays industrialisés sont actuellement excités par la question de l’usine 4.0 et ont posé des actions concrètes.»

Jonathan Gaudreault considère que le Québec possède tous les atouts pour réussir ce virage. Cependant, cela ne se fera pas tout seul. Les programmes de formation devront être adaptés. «Un signal très encourageant vient du gouvernement du Québec, souligne-t-il. L’État appuie fortement le mouvement Industrie 4.0. Je pense notamment au programme pour les manufacturiers innovants et au rôle joué par Investissement Québec.»

usine

Dans une usine «intelligente», les systèmes se parlent, depuis le fournisseur de la matière première jusqu'au client.

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