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Volume 48, numéro 12 | 29 novembre 2012

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Méfiez-vous de l’emballage

Le marketing alimentaire teinte les perceptions des consommateurs, montre une étude de l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels

Par Jean Hamann

Même si l’information nutritionnelle leur est servie à la pelletée, les consommateurs restent très vulnérables au marketing alimentaire. C’est ce que suggère une étude menée par des chercheurs de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF) qui, pour les besoins de la science, ont entourloupé des sujets en leur présentant une même collation sous trois appellations différentes.

Les chercheurs ont invité 352 personnes à leur laboratoire pour participer à ce qui était officiellement l’évaluation de nouvelles bouchées faites d’avoine et de raisins. Dans les faits, l’expérience visait plutôt à mesurer l’effet d’allégations alimentaires sur leurs perceptions du produit. Les participants ont été divisés en trois groupes. Lors des consignes d’avant test, les chercheurs ont présenté le produit soit comme une collation santé riche en fibres et contenant des ingrédients sains, soit comme une collation minceur possédant un haut pouvoir rassasiant ou encore comme un biscuit gourmet fait avec du beurre frais et de la cassonade d’antan. Les sujets étaient invités à manger autant de bouchées qu’ils le souhaitaient pour bien accomplir leur tâche, et davantage si leur estomac le commandait.

Les résultats de l’expérience, qui seront publiés dans la livraison de décembre de la revue Appetite, indiquent que les allégations ont fortement influencé les perceptions touchant les dimensions santé et calorique des bouchées. Ainsi, le produit a été jugé moins sain par les sujets du groupe collation minceur (-10%) et biscuit gourmet (-25%) que par ceux du groupe collation santé. Par ailleurs, le potentiel engraissant des bouchées a été jugé plus élevé par les sujets du groupe biscuit gourmet que par ceux du groupe collation santé. Malgré ces différentes perceptions, les sujets des trois groupes ont consommé une quantité équivalente de bouchées.

«Les gens sont portés à croire les allégations qui accompagnent un produit, observe l’étudiante-chercheuse Karine Gravel, première auteure de l’étude. Il suffit souvent qu’un aliment contienne un ingrédient santé pour que tout le produit bénéficie de ce halo. Les connaissances en nutrition permettant de faire la part des choses et l’intégration de ces connaissances dans les comportements alimentaires font parfois défaut.»

Les entreprises alimentaires seraient bien au fait de la vulnérabilité des consommateurs. À preuve, la multiplication des logos santé et des allégations implicites ou explicites qui rendent, comme par magie, plus acceptables des produits par ailleurs peu recommandables. «Personne ne poursuit une compagnie parce que les aliments qu’elle commercialise ne produisent pas la perte de poids ou l’effet santé attendu, observe l’étudiante-chercheuse. Lorsque ça fonctionne, les gens croient que c’est grâce au produit. Lorsque ça ne fonctionne pas, c’est de leur propre faute.»

Karine Gravel encourage les consommateurs à faire montre de plus d’esprit critique face aux allégations alimentaires. «Un ingrédient ou un aliment ne peut, à lui seul, faire perdre du poids ou assurer notre santé. La saine alimentation doit être considérée dans sa globalité.»

L’étude publiée dans Appetite est signée par Karine Gravel, Sonia Pomerleau, Anne-Sophie Bourlaud et Véronique Provencher, de l’INAF, Éric Doucet (Université d’Ottawa), et Peter Herman (Université de Toronto).

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