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Volume 49, numéro 19 | 6 février 2014

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Mettre cartes sur table

Les secrets d'un partenariat université-industrie réussi selon Sylvain Moineau, récipiendaire du prix Synergie 2014

Par Jean Hamann

Lundi, Sylvain Moineau avait rendez-vous à Rideau Hall, la résidence du gouverneur général du Canada, pour un événement bien spécial. Cette visite était le couronnement de 17 années de mariage professionnel entre le professeur du Département de biochimie, microbiologie et bio-informatique et Agropur. Pour souligner le caractère exemplaire de ce partenariat université-entreprise, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG) avait convié les deux partenaires au 1 Sussex Drive pour leur décerner un des prix Synergie pour l’innovation 2014.

Cette longue collaboration commence en 1997 alors qu’une des usines d’Agropur est aux prises avec des problèmes de bactériophages, des virus qui s’attaquent aux bactéries, notamment celles utilisées dans la fabrication des fromages. L’entreprise frappe alors à la porte du professeur Moineau dans l’espoir de trouver une solution durable à ce problème qui lui occasionne des pertes financières appréciables. S’amorcent alors des travaux de RD pour trouver des souches de bactéries résistantes aux phages. «Depuis 2003, il n’y a eu aucun problème de contamination des ferments dans les usines d’Agropur, signale fièrement le chercheur. Mais il faut assurer un suivi continuel parce que les relations entre les bactéries et les phages sont en constante évolution.»

Ce partenariat s’est soudé au fil de six subventions du CRSNG encourageant les collaborations entre universitaires et industriels. «Ça représente une somme d’environ 2 M$ en provenance du Conseil, la publication d’une cinquantaine d’articles scientifiques, et surtout la formation d’une trentaine d’étudiants-chercheurs», souligne le professeur Moineau. La bourse rattachée au prix Synergie ajoutera 200 000$ à ce total. «Je vais utiliser cette somme pour tester des idées audacieuses que les organismes subventionnaires hésitent normalement à financer.» Pour sa part, Agropur pourra profiter gratuitement des services d’un chercheur postdoctoral pendant deux ans.

Ces travaux très appliqués n’ont pas empêché Sylvain Moineau de faire de la recherche fondamentale sur la coévolution phages-bactéries. Ses collaborations avec un autre partenaire industriel, Danisco, ont même conduit à des publications dans Science et dans Nature. «Il y a moyen de faire de la recherche en collaboration avec l’industrie sans sacrifier ses travaux en science fondamentale ou sa liberté universitaire, assure le chercheur. Il faut toutefois que chaque partie comprenne et respecte les réalités de l’autre. Mes partenaires industriels comprennent que la recherche universitaire implique la formation d’étudiants-chercheurs et la publication d’articles scientifiques. De mon côté, j’ai fait un postdoctorat en milieu industriel et je comprends leurs impératifs.»

Le chercheur assure qu’il n’a pas eu besoin de se transformer en spécialiste des sciences appliquées pour les besoins de ces partenariats. «Dans un projet de RD, chacun apporte ses compétences propres. Nous faisons le R et nos partenaires industriels s’occupent du D. Pour qu’une collaboration fonctionne, il est très important de bien choisir son partenaire et de mettre cartes sur table dès le départ. C’est une cohabitation négociée. Quand ça ne fonctionne pas, il faut savoir dire non.»

Marc Robitaille

Sylvain Moineau: «Mes partenaires industriels comprennent que la recherche universitaire implique la formation d'étudiants-chercheurs et la publication d'articles scientifiques.»

Photo: Marc Robitaille

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