Elles se prénomment Abir, Johora, Jouda, Nadia, Nour et Oumou. Ces femmes ont en commun d’être nées dans des pays très majoritairement musulmans. Elles proviennent respectivement du Liban, du Myanmar, de la Tunisie, du Maroc, de la Syrie et du Sénégal. Depuis quelques décennies ou depuis quelques années, elles vivent à Québec, à l’instar de Rachid (Algérie), Ahmed (Irak) et Amir (Bosnie-Herzégovine), originaires eux aussi de pays à majorité musulmane. Ahmed est d’ailleurs le conjoint d’Abir. Ensemble, ces femmes et ces hommes constituent le volet consacré à la ville de Québec de l’exposition QuébécoisEs, musulmanEs… et après?

Cette exposition itinérante a vu le jour il y a un an à Montréal. Elle comprend 24 photographies, chacune accompagnée d’un texte de 200 mots tiré d’une entrevue avec la participante ou le participant. Elle s’installe pour une semaine dans la capitale, soit du 16 au 24 mars au Patro Roc-Amadour. Il s’agit d’une initiative conjointe du Carrefour d’action interculturelle de Québec, de l’École de service social de l’Université Laval, du Patro Roc-Amadour, du Centre justice et foi, et de l’organisme LaVOIEdesFemmes. À cette occasion, huit autres clichés et autant de textes d’entrevue ont été réalisés.

«Grâce au financement obtenu de la Faculté des sciences sociales, nous avons pu réaliser les huit clichés à l’image de Québec», explique Stéphanie Arsenault, professeure à l’École de service social et coresponsable du volet Québec de l’exposition. «Les musulmans de Québec, poursuit-elle, ont des caractéristiques quelque peu différentes de ceux de Montréal, notamment par la diversité de leur provenance et par leur profil. Certains sont venus comme immigrants économiques, d’autres comme réfugiés. Il y a aussi les étudiants étrangers.»

La professeure est coresponsable de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec. Sa spécialité est le travail social auprès des personnes immigrées et réfugiées. Selon elle, l’exposition veut briser les préjugés et les images stéréotypées qui touchent de façon particulière les personnes musulmanes au Québec. «Ces préjugés et stéréotypes, affirme-t-elle, se traduisent trop souvent par des pratiques discriminatoires, notamment dans le domaine de l’intégration à l’emploi.»

L’exposition démontre, entre autres, la très grande hétérogénéité de la population musulmane au Québec. «On trouve de tout parmi eux, indique Stéphanie Arsenault. Il y a des croyants, des athées et des personnes qui veulent s’éloigner de la religion; il y a des pratiquants et des non-pratiquants.» Selon elle, le voile islamique, qui soulève des débats, n’est pas nécessairement synonyme de soumission de la femme à l’homme ou un symbole d’infériorité. «Chez certaines femmes, souligne-t-elle, le voile est vu comme un outil davantage identitaire que religieux, un outil d’autodétermination.»

L’exposition veut aussi dénoncer le préjugé voulant qu’il existe un lien logique entre islam, islamisme et terrorisme. Selon la professeure Arsenault, les médias et les discours dominants en Occident ont de plus en plus tendance à véhiculer l’idée que l’islam est fondamentalement prédisposé à générer l’extrémisme ou à se transformer en idéologie politique violente. «Ce n’est pas le cas, soutient-elle. Le Coran est, pour certains, source de paix, pour d’autres, source de violence.»

L’exposition aborde quatre thématiques, soit la religion et la spiritualité, le travail et le parcours professionnel, la participation citoyenne et la vie quotidienne. Elle invite les visiteurs à un changement de regard et d’attitudes. Selon Stéphanie Arsenault, la religion n’est pas l’unique prisme par lequel regarder une personne. «Nos participants, explique-t-elle, ont accepté de présenter leur visage, un peu de leur quotidien et de leur histoire de vie pour nous faire découvrir des réalités trop souvent méconnues.»

Le recensement fédéral de 2011 révélait que plus de 240 000 personnes de confession musulmane résidaient au Québec cette année-là, soit 3,1% de la population. Des projets de recherche indiqueraient qu’environ 15% des musulmans du Québec pratiqueraient leur religion. Ce pourcentage est semblable à celui que l’on retrouve chez les catholiques, protestants et juifs d’ici. Le foulard islamique appelé hidjab serait porté par 10 à 12% de femmes musulmanes québécoises. Enfin, le taux de chômage des musulmans au Québec s’élevait à 17% en 2011.

L’exposition QuébécoisEs, musulmanEs… et après? se tiendra du 16 au 24 mars au Patro Roc-Amadour (2301, 1re avenue). Au programme: activités familiales et bibliothèque vivante le 19 mars, visites guidées le 21 mars, pièce de théâtre suivie d’une discussion sur le thème «Féministes et croyantes? Il était une foi des féministes» le 24 mars. Pour information: Abdellah Jaafria, 418 255-1446 ou cai@soutenir.org.