Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume 51, numéro 1 | 27 août 2015

Recherche

Mieux protéger les abeilles

Des chercheurs ont mis au point une technique pour évaluer plus rapidement la toxicité des insecticides pour ces pollinisateurs

Par Jean Hamann

Une équipe de neurophysiologistes de la Faculté de médecine et de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ) vient de réaliser une percée qui pourrait conduire à une meilleure évaluation de la toxicité des insecticides pour les abeilles. Les détails de cette découverte sont présentés dans un article qu’ils publient avec leurs collaborateurs français et américains dans un récent numéro de la revue Scientific Reports, une publication du groupe Nature.

Le lien entre la neurophysiologie humaine et les abeilles passe par les canaux ioniques. Présents dans les membranes cellulaires de tous les organismes vivants, ces canaux, qui interviennent notamment dans les contractions musculaires et la transmission de l’influx nerveux, contrôlent le passage des ions entre l’intérieur et l’extérieur des cellules. «Chez l’humain, leur mauvais fonctionnement peut provoquer des maladies neuromusculaires ou l’arythmie cardiaque», explique le professeur Mohamed Chahine, de la Faculté de médecine, qui étudie ces structures depuis 25 ans.

Certains insecticides ciblent un type de canaux ioniques (les canaux sodiques) présents chez les insectes nuisibles. Ils agissent sur leur cerveau en altérant la mémoire, l’olfaction et le sens de l’orientation. «Mes collègues français soupçonnaient que ces insecticides pouvaient avoir le même effet sur les abeilles, ce qui pourrait expliquer pourquoi leurs populations sont en déclin un peu partout dans le monde, souligne le professeur Chahine. Ils m’ont contacté afin que nous mettions nos expertises en commun pour tester cette hypothèse.»

Pour ce faire, les chercheurs ont d’abord isolé le gène du canal sodique de l’abeille, puis ils l’ont cloné et ils l’ont inséré dans un oeuf de grenouille. «Le résultat est que nous disposons d’une grosse cellule dont la membrane contient des canaux sodiques de l’abeille, ce qui permet d’évaluer l’effet d’un insecticide sur ces structures», résume le professeur Chahine. Les tests effectués avec des insecticides de la famille des pyréthroïdes sont sans équivoque: l’affinité de ces produits pour les canaux sodiques des abeilles est aussi grande que celle observée chez les insectes nuisibles.

«Le système que nous avons mis au point pourrait servir à tester la toxicité des nouveaux insecticides sur les abeilles, estime le chercheur. Son principal avantage est qu’il produit des résultats en quelques jours, alors qu’il faut plusieurs mois lorsqu’on fait des essais sur des abeilles. Notre approche permettrait de faire un triage rapide des produits pour lesquels il vaut la peine de poursuivre les tests. Nous avons d’ailleurs déposé une demande de brevet pour cette technologie.»

L’article paru dans Scientific Reports est signé par Pascal Gosselin-Badaroudine, Adrien Moreau et Mohamed Chahine, de l’Université Laval, Lucie Delemotte et Michael Klein, de l’Université Temple, Thierry Cens, Mathieu Rousset et Pierre Charnet, du CNRS à Montpellier, ainsi que Claude Collet, de l’INRA à Avignon.

Frédéric Cantin

Mohamed Chahine et Pascal Gosselin-Badaroudine ont utilisé leur expertise sur les canaux ioniques humains pour étudier des canaux similaires chez l'abeille.

Photo: Frédéric Cantin

Écrivez-nous
Partagez