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Volume 53, numéro 7 | 12 octobre 2017

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Une molécule très polyvalente

Un médicament prescrit pour des troubles de santé mentale appelé en renfort pour traiter les infections à levures

Par Jean Hamann

Candida albicans est un champignon microscopique qui fait partie du microbiote de 80% de la population. En règle générale, ce microorganisme se tient coi, mais dans certaines circonstances, il se déchaîne et prolifère causant des problèmes qui se déclinent sous plusieurs formes et noms: candidose, infection à levures, muguet, mycose, vaginite, balanite, érythème fessier. Chez la plupart des gens, ces infections causent de l’inconfort et des douleurs d’intensité variable, mais les dommages sont limités. Par contre, chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli, notamment les personnes atteintes du sida ou celles qui reçoivent des traitements de chimiothérapie, ces infections peuvent être fatales.

Les antibiotiques utilisés pour traiter les candidoses se butent à l’apparition de souches résistantes de C. albicans et le pipeline de nouvelles molécules arrive à sec du côté de l’industrie pharmaceutique. L’équipe du professeur Adnane Sellam, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, pourrait bien avoir trouvé une solution rapidement applicable à ce problème. En effet, dans un article publié dans la revue Frontiers in Microbiology, les chercheurs proposent d’utiliser un médicament – l’acide valproïque – déjà prescrit pour traiter certains problèmes de santé mentale, notamment la dépression, le trouble bipolaire et l’anxiété, pour ramener C. albicans à l’ordre. «Lors d’expériences visant à élucider le mécanisme de fonctionnement de l’acide valproïque dans le système nerveux, d’autres équipes ont testé cette molécule sur une levure modèle, S. cerevisiae, et elles ont constaté que sa croissance était inhibée. C’est ce qui nous a donné l’idée de tester cette molécule sur la levure C. albicans», explique l’étudiant-chercheur Julien Chaillot.

Les tests effectués in vitro par l’équipe du professeur Sellam montrent que l’acide valproïque freine la multiplication de C. albicans en quelques heures à peine. «La molécule ne tue pas la levure, mais elle bloque sa prolifération, ce qui est souhaitable pour ne pas affecter les levures bénéfiques de notre corps», précise Julien Chaillot. De plus, l’acide valproïque s’est révélé efficace contre des souches résistantes à certains médicaments couramment utilisés pour traiter les candidoses. «Nos résultats indiquent également que, contrairement à d’autres antifongiques, l’acide valproïque gagne en efficacité en milieu acide, une caractéristique intéressante étant donné que le pH du milieu vaginal se situe entre 4 et 4,5», ajoute l’étudiant-chercheur.

Enfin, les tests ont montré que la combinaison de cette molécule avec certains antifongiques prescrits contre les candidoses produit un effet synergique, ce qui permettrait de réduire la dose requise pour les traitements. «L’ensemble de nos résultats indique que l’acide valproïque est une molécule thérapeutique prometteuse contre les candidoses vulvovaginales», résume Julien Chaillot.

L’étude publiée dans Frontiers in Microbiology est signée par Julien Chaillot, Faiza Tebbji, Carlos Garcia, René Pelletier et Adnane Sellam, de l’Université Laval, et Hugo Wurtele, de l’Université de Montréal.

Candida albicans

Candida albicans est un champignon microscopique qui fait partie du microbiote de 80% de la population. À l'occasion, cette levure prolifère causant des infections dans différentes parties du corps, notamment des mycoses gynécologiques. Chez les personnes dont le système immunitaire est fortement affaibli, les infections causées par ce microorganisme peuvent être fatales.

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