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Volume 52, numéro 22 | 23 mars 2017

À la une

Machine fascinante

Du 30 mars au 2 avril, l'événement Décoder le monde se penchera sur les domaines de la robotique et de l'intelligence artificielle

Par Yvon Larose

Décoder le monde des robots et de l’intelligence artificielle au bénéfice du grand public, telle est la mission que se sont donnée les nombreux chercheurs universitaires, professionnels du secteur privé et artistes, dont une vingtaine d’enseignants et d’étudiants de l’Université Laval, qui participeront à la troisième présentation de Décoder le monde, du 30 mars au 2 avril, au Musée de la civilisation de Québec.

Ce happening comprendra notamment trois tables rondes, deux d’entre elles étant précédées d’une performance artistique. Il y aura aussi deux ciné-conférences ainsi qu’une soirée festive inspirée de l’univers des robots. Une conférence-démonstration fera un survol des possibilités actuelles et futures de la robotique et de l’intelligence artificielle. Des ateliers de programmation et de robotique seront offerts. Le hall du Musée sera occupé par des kiosques de laboratoires où des chercheurs feront des démonstrations de leurs travaux. Décoder le monde abordera l’intelligence artificielle sous l’angle des jeux vidéo. Une entreprise du domaine présentera les étapes de la création d’un jeu vidéo. De plus, un orchestre interprétera de la musique tirée de bandes sonores de jeux vidéo. Le Centre de démonstration en sciences physiques du Cégep Garneau, un des partenaires de l’événement, fera une animation scientifique sur certains principes physiques s’appliquant à la conception des robots.

«Décoder le monde est une idée initiale de l’Université Laval qui connaît un succès croissant d’année en année, explique Thierry Belleguic, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma et conseiller spécial – culture et innovation sociale – au Cabinet du recteur Denis Brière. La formule laisse une place de plus en plus large à l’animation des publics, à leur implication dans les aspects pratiques des échanges ou des expérimentations. Si le concept fonctionne aussi bien, c’est grâce notamment au choix des thématiques, à la diversité des formules rassemblées et à la possibilité de vrais échanges avec les chercheurs. Ce type d’événement signale le leadership de l’Université dans des domaines-clés.»

Pierre-Luc Collin est chargé de projet culturel au Musée de la civilisation. Selon lui, les organisateurs de l’événement veulent joindre divers types de publics et différents types d’intérêts. Il insiste sur le côté innovant de Décoder le monde. «Décoder le monde, dit-il, poursuit deux objectifs principaux. Premièrement, nous déclinons un thème par la voie des sciences, de la philosophie, des arts, en proposant des formes de présentations accessibles et variées. Deuxièmement, nous établissons un contexte favorisant les rencontres entre les chercheurs et les citoyens.»

Les robots sont des assemblages complexes de pièces spécialisées au confluent de la mécanique, de l’électronique et de l’informatique. Ces machines se caractérisent par leur efficacité, leur précision, leur disponibilité et leur puissance. De nos jours, on les retrouve dans de nombreux secteurs, l’industrie certes – comme sur les lignes d’assemblage –, mais aussi dans des domaines pointus tels le spatial – avec le bras manipulateur de la navette spatiale – et le militaire – avec le drone piloté à distance. La recherche de pointe, quant à elle, nous annonce des projets de voitures intelligentes, de nanorobots chirurgicaux capables de circuler dans le corps humain et de robots tueurs pour les champs de bataille.

Les développements récents dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle font rêver. Ils soulèvent aussi des questions préoccupantes. Pouvons-nous programmer le bien? Quelle sera la place de l’humain dans un monde futuriste marqué par une présence robotique?

Le professeur Clément Gosselin dirige le Laboratoire de robotique du Département de génie mécanique de l’Université Laval. Il participera à la table ronde intitulée «Et l’homme créa les robots…». Selon lui, nous sommes encore très loin de l’intelligence humaine en ce domaine. «Les programmes informatiques peuvent faire des choses performantes, mais très spécifiques, souligne-t-il. En 2016, une machine a battu le champion mondial au jeu de go, un jeu encore plus complexe que les échecs. Mais cette machine n’est pas capable de déplacer les pions sur l’échiquier. Malgré tous leurs progrès, les machines sont encore loin de rivaliser avec les capacités humaines.»

Il ajoute que les robots hyper-perfectionnés avec apparence humaine, comme on en voit au cinéma, ne sont pas pour demain. «Il n’est peut-être pas impossible d’imaginer qu’un robot soit doté, un jour, d’une capacité de raisonnement, mais cela représentera un énorme défi, soutient Clément Gosselin. On en est très loin. Des sauts technologiques devront être faits, des barrières devront être franchies, comme l’aspect énergétique. Si on veut avoir un robot autonome du point de vue énergétique, on doit inclure des piles qui sont lourdes et qui ne fonctionnent pas longtemps, alors que le corps humain peut fonctionner très longtemps avec peu d’énergie. Un peu de nourriture fait l’affaire grâce à l’usine chimique qu’est notre système digestif.»

Frédéric Dubois est doctorant à l’Université Laval en philosophie de l’intelligence artificielle et en éthique de la robotique. Il prendra part à l’une des deux ciné-conférences au programme et commentera le film de fiction Ex Machina. Dans ce film, un jeune codeur doit déterminer si un produit de l’intelligence artificielle, sous l’apparence d’une jeune femme, possède une conscience.

«Ce film montre qu’un humain en vient à être confondu, tellement le robot ressemble à un être humain», explique celui qui participait, le 29 mars sur le campus de l’Université Laval, à un colloque international et interdisciplinaire, organisé par la Faculté de philosophie, sur le thème «Robots et sociétés: quelles transformations? Quelles régulations?». Selon lui, tous les traits humains sont dans ce film, «mais lorsqu’on parle de ressentir l’empathie, la question est de savoir si un robot peut avoir une conscience.» Frédéric Dubois rappelle que la recherche en robotique vise davantage à imiter les traits extérieurs pour rendre plus propices les interactions avec l’humain. «L’idée selon laquelle le robot va développer une conscience demeure donc très spéculative», affirme-t-il.

Le doctorant indique que la fascination qu’exercent les robots tient au fait qu’ils nous renvoient une image de nous-mêmes, ce qui n’empêche pas d’avoir une certaine attitude envers les machines. «Plus on va essayer de fabriquer des robots semblables à l’humain, dit-il, plus on aura un sentiment d’étrangeté inquiétante parce que les robots ne sont pas entièrement nous.»

Décoder le monde est une réalisation conjointe des Fonds de recherche du Québec, de l’Université Laval, du Musée de la civilisation et du Centre de démonstration en sciences physiques du Cégep Garneau. L’événement aura lieu du 30 mars au 2 avril, au Musée de la civilisation de Québec (85, rue Dalhousie). Plus d’information


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Au Laboratoire de robotique, les chercheurs ont mis au point une prothèse de main à ouverture volontaire. Un seul moteur permet la fermeture de tous les doigts.
Photo: Laboratoire de robotique de l’Université Laval

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Une table ronde réunira des experts qui échangeront sur le rapprochement entre la machine et le vivant.

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