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Volume 48, numéro 25 | 4 avril 2013

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Mordu des chauves-souris

De l’île de La Réunion au Québec, François Fabianek poursuit ces créatures ailées avec qui il a un peu en commun

Par André-Philippe Drapeau Picard

François Fabianek s’habille tout en noir, écoute du métal et aime vivre la nuit. Pas étonnant qu’il se passionne pour les chauves-souris, auxquelles il s’identifie en raison de leur aspect lugubre et mystérieux. Son intérêt pour ces petits mammifères, dont l’histoire évolutive est si particulière, l’a fait voyager jusqu’au doctorat qu’il a entrepris au Centre d’étude de la forêt.

Originaire de La Réunion, François Fabianek débarque au Québec pour la première fois en 2003. Il étudie alors la biologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. «Je voulais changer de décor, vivre le froid et la tranquillité», se souvient-il. Un an plus tard, il retourne à la Réunion pour terminer sa formation en menant un court projet de recherche sur… les concombres de mer! «Ce travail a été tellement ennuyeux que ça a confirmé mon intérêt pour les chauves-souris, dont le comportement est un peu plus élaboré», raconte-t-il en riant.

C’est donc plus convaincu que jamais qu’il revient dans la Belle Province pour une maîtrise. À l’UQAM, il mène un projet sur la répartition des chauves-souris dans les espaces verts de la métropole. Toutefois, son horaire nocturne lui joue des tours. «J’arrivais au bureau vers 16h pour en sortir vers 2 h du matin. Je n’avais pas compris l’importance d’établir des liens avec d’autres chercheurs, de sorte que je ne connaissais presque personne après ma maîtrise.»

Qu’à cela ne tienne, il communique avec une sommité mexicaine dans le domaine des chauves-souris qui accepte de le prendre sous son aile pour un doctorat. Là-bas, cependant, l’étudiant fait face à une réalité bien différente de celle à laquelle il est habitué. «J’échantillonnais de nuit dans des parcs où l’on trouvait des cadavres!» lance-t-il, en faisant référence à la violence du crime organisé au Mexique. «J’étais toujours en train d’attendre pour des permis d’accès aux parcs, d’échantillonnage, de résidence, etc.»

Deux ans après son arrivée à Mexico, il abandonne son projet de doctorat et s’envole pour le Sud de la France. Il y fait quelques petits boulots, dont enseignant de biologie au secondaire. «Je faisais surtout de la discipline,  et ça ne me plaisait pas», note le doctorant. Lorsque Anouk Simard, du ministère des Ressources naturelles, et André Desrochers, de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique le joignent pour lui proposer un projet de doctorat à l’Université Laval, il accepte avec joie.

Depuis 2011, François Fabianek étudie la sélection des gîtes où les chauves-souris se cachent pendant le jour. Il repère ces endroits en capturant des spécimens la nuit pour leur poser un émetteur, ce qui lui permet de détecter leur position le jour suivant. «Pendant la journée, les chauves-souris se glissent sous l’écorce d’arbres morts. Elles semblent préférer les gros troncs en milieu ouvert, comme à l’orée des forêts matures», observe-t-il après un été d’échantillonnage à la forêt Montmorency, dans les Laurentides, et un autre à la forêt du lac Duparquet, en Abitibi. Une meilleure connaissance de l’écologie de ces créatures volantes permettra d’évaluer les répercussions de l’aménagement forestier sur celles-ci et d’établir des normes pour assurer leur conservation. Trois des huit espèces qui vivent au Québec sont en voie de disparition.

Le voici donc à deux ans de la fin de son doctorat, avec des idées plein la tête. «Je veux travailler au Ministère ou dans une firme privée, dit-il. Je souhaite redorer le blason des chauves-souris, dont on connaît si peu de choses, surtout au Québec.» C’est dans cette optique qu’il fondera sous peu, avec d’autres passionnés, un organisme à but non lucratif pour sensibiliser la population à ces animaux nocturnes méconnus. François Fabianek semble finalement avoir mis pied à terre, pour mieux admirer le ballet aérien de ses protégées.

Marjolaine Bisson

Pendant la journée, François Fabianek tente de repérer les endroits où se terrent les chauves-souris auxquelles il a fixé des émetteurs.

Photo: Marjolaine Bisson

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