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Volume 49, numéro 5 | 26 septembre 2013

À la une

Un Nobel en visite

Stanley Prusiner, prix Nobel de médecine, était de passage pour parler de ses controversés prions, des agents pathogènes responsables de troubles neurodégénératifs comme les maladies de la vache folle, d’Alzheimer et de Parkinson

Par Nathalie Kinnard

C’est dans les controverses que naissent souvent les plus grands progrès. Le Dr Stanley Prusiner, médecin neurologue américain, a pris cet adage au pied de la lettre. Il a bouleversé l’un des grands paradigmes scientifiques selon lequel il n’y a que trois types d’agents infectieux – les virus, les bactéries et les parasites – en proposant le concept de prions. Il pousse encore plus la polémique en affirmant que le prion n’est pas un microorganisme, mais une protéine naturelle, dépourvue d’information génétique, capable de détruire les neurones. Lorsqu’il publie sa théorie, il reçoit un ouragan de critiques. Comment une protéine peut-elle se transformer en méchante molécule infectieuse et se répliquer sans recourir à l’ADN? La communauté médicale n’y croit pas.

C’est en étudiant des cas de tremblante du mouton en 1977, une maladie mortelle qui s’attaque au système nerveux central des moutons et des chèvres, que le médecin élabore la notion de prion pour protéine infectieuse. Il identifie ces mêmes molécules quelques années plus tard dans les cerveaux de patients atteints de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, une affection très rare et fatale qui attaque le système nerveux et provoque la démence, et dans le tissu cérébral des bovins souffrant de la maladie de la vache folle durant les années 1990. «En laboratoire, nous avons montré que tous les traitements physiques et chimiques détruisant normalement les acides nucléiques (ADN et ARN) sont incapables d’inactiver l’agent infectieux de la tremblante du mouton. Plus encore, nous avons découvert que tous les procédés connus pour supprimer ou détériorer les protéines permettent de neutraliser le mystérieux pathogène», mentionne Stanley Prusiner. Le fameux agent infectieux ne pouvait donc être ni une bactérie, ni un parasite, ni un virus comme plusieurs chercheurs le pensaient.

Le Dr Prusiner élabore alors la théorie qu’une protéine trouvée à l’état naturel chez tous les mammifères, dont l’humain, peut, pour une raison encore mal expliquée, se replier et changer de forme. Elle devient alors nocive. Cette molécule anormale, dénommée prion par le médecin neurologue, sert alors de modèle pour convertir d’autres protéines en prions. Leur repliement inhabituel empêcherait notre organisme de les éliminer. Résultat: accumulation de prions dans le cerveau et mort des neurones. Répétée des millions de fois, cette hécatombe entraîne la perte massive de cellules nerveuses et le décès du patient.

Envers et contre tous

«Je n’ai pas été très populaire avec ma théorie, mais j’y croyais», avoue celui qui est directeur de l’Institut des maladies neurodégénératives à l’Université de la Californie, à San Fransisco. Il a poursuivi ses recherches, étendant la notion de prion à l’explication de l’alzheimer, du parkinson et même de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), tous des troubles neurodégénératifs connus aujourd’hui comme faisant partie… des maladies à prions. Et preuve ultime que la patience vient à bout de tout, le scientifique a reçu en 1997 le prix Nobel de médecine. Le comité de sélection a même dérogé à la tradition en remettant l’honneur à un seul individu plutôt qu’à une équipe. Une première depuis 1987 et une situation qui n’est survenue que 10 fois en 50 ans.

Loin de s’asseoir sur ses lauriers, le médecin poursuit sa quête de démystification des prions afin de confondre les sceptiques. «On ne comprend pas encore vraiment ce qui amène une protéine à se replier de façon anormale, mais je pense que le vieillissement et les blessures à la tête, comme une commotion cérébrale, sont des facteurs importants», indique-t-il lors de sa conférence à l’occasion du 9e Symposium sur la SLA de la Fondation André-Delambre à l’Université, le vendredi 20 septembre. Le médecin tente aussi de trouver un moyen d’empêcher les prions de faire leurs ravages neurologiques. «Mais la route sera longue, affirme-t-il, car les prions semblent résistants aux traitements existants». En attendant, Marc Ouellette, directeur de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires des Instituts de recherche en santé du Canada, retient une chose du parcours de Stanley Prusiner. «En tant que scientifique, si vous croyez fermement en quelque chose, suivez votre instinct. Cela pourrait mener à de grandes choses!»

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Sophie D'Amours, vice-rectrice à la recherche et à la création, et Stanley Prusiner, médecin neurologue américain et lauréat du prix Nobel de médecine 1997.

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