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Volume 52, numéro 22 | 23 mars 2017

Société

Ces OGM qu’on ne saurait voir

Le professeur Richard Ouellet plaide pour un meilleur étiquetage des aliments génétiquement modifiés

Par Pascale Guéricolas

Le débat a fait rage en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs dans le monde au tournant des années 2000. Quel est le risque pour les consommateurs d’utiliser des aliments contenant des OGM, autrement dit des organismes génétiquement modifiés? Finalement, aucune étude scientifique probante n’a pu conclure que des céréales comme le maïs, le soja et le canola transgéniques n’avaient pas d’effet sur la santé humaine. Une quinzaine d’années plus tard, le juriste Richard Ouellet a fait le point sur les règlements en matière d’étiquetage des OGM lors d’une conférence présentée par la Chaire de recherche du Canada en droit de l’environnement (CRCDE).

Selon le professeur de droit de l’Université Laval, les consommateurs devraient pouvoir facilement déterminer si un paquet de biscuits ou une bouteille d’huile de canola contient des aliments génétiquement transformés. Or, actuellement, ce type d’information n’apparaît pas sur les produits au Canada, contrairement à ce qui se fait en Europe et dans plusieurs États américains où des règlements sur la question ont été adoptés. «Une des lois les plus contraignantes en Amérique du Nord est en vigueur depuis le 1er juillet dernier au Vermont. Elle oblige l’industrie alimentaire à indiquer la présence d’OGM dans les aliments transformés et les produits frais, qu’ils viennent des États-Unis ou d’ailleurs, explique le conférencier. En Europe, les organismes qui veillent sur la sécurité alimentaire imposent ce type d’étiquetage dès que les produits contiennent au moins 2% d’aliments génétiquement modifiés.»

Rien de tel n’est en vigueur pour l’instant au Canada, même si 100% du canola, 85% du maïs et 60% du soja cultivés au Québec en 2015 étaient des OGM. Ces céréales se retrouvent très fréquemment dans des produits transformés, comme des biscuits, des sauces ou des trempettes. Un organisme comme Santé Canada autorise, en effet, facilement l’utilisation des produits génétiquement modifiés dans ce type d’aliments, explique le juriste. «Les gens qui prennent soin de leur santé et qui mangent bio, par exemple, achètent peut-être du tofu fabriqué à partir de soja génétiquement modifié, s’inquiète Richard Ouellet. Pourquoi n’ont-ils pas le droit d’avoir cette information?» Le conférencier précise qu’ici l’étiquetage reste volontaire. Dans les faits, cela signifie que seuls les fabricants de produits bio ne contenant pas d’OGM mentionnent cette donnée sur leurs étiquettes.

Même s’il plaide pour un étiquetage plus strict concernant la présence ou non d’aliments génétiquement modifiés, Richard Ouellet ne se définit pas comme un anti-OGM. Il souhaite simplement que les consommateurs aient davantage l’heure juste sur ce qu’ils mangent afin de faire des choix éclairés. À titre de comparaison, les étiquettes renseignent les acheteurs qui se préoccupent de leur diabète sur les quantités de glucides et ceux qui se soucient de leur pression artérielle sur les taux de sodium. «Il est vrai qu’actuellement les données dont nous disposons semblent indiquer que les OGM n’ont pas d’effet sur la santé humaine, indique le conférencier. À titre de comparaison, les fabricants de cigarettes ont dit la même chose sur le tabac pendant 200 ans. Aujourd’hui, on sait que consommer un paquet de cigarettes par jour a un effet certain sur la longévité d’un fumeur…»

maïs
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