Le lait n’est pas un aliment miracle pour la santé cardiométabolique, mais il est encore moins le poison décrié par certains. Voilà la conclusion à laquelle arrive un groupe d’experts de sept pays qui avaient été invités à se pencher sur la question par la Chaire internationale sur la santé cardiométabolique de l’Université Laval. Les huit chercheurs qui ont participé au délicat exercice de départager les conclusions parfois contradictoires portant sur le lien entre le lait et la santé cardiométabolique livrent le fruit de leurs réflexions dans le dernier numéro du Canadian Journal of Cardiology.

Contrairement à certains aliments qui ont des effets négatifs reconnus sur la santé – on pense au sucre, aux gras trans et au sel – et à ceux dont les mérites ne font pas de doute – les fruits et légumes, les grains entiers et les poissons –, le lait chevauche la frontière entre les «bons» et les «mauvais» aliments, passant d’un côté à l’autre au gré des études. Pour faire le point sur cette question, qui divise la communauté scientifique et embrouille la population, les huit experts ont passé en revue une soixantaine d’études épidémiologiques et d’essais cliniques randomisés. «Il ne s’agit pas d’une revue systématique de la littérature scientifique, précise le premier auteur de l’article, Benoît Lamarche, de l’École de nutrition et de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels. Il s’agit plutôt d’un compte-rendu des discussions de notre groupe sur les preuves les plus parlantes qui existent dans ce domaine. Nous avons tenté d’être objectifs et équilibrés dans cette démarche.»

Les conclusions? Selon les données probantes analysées, le lien entre la consommation de lait et le risque de maladies cardiovasculaires demeure encore incertain et il serait prématuré de trancher. Par ailleurs, le lait aurait un effet neutre sur le risque de diabète, sur la santé des os et le risque de fractures et sur les facteurs de risques cardiométaboliques, comme le mauvais cholestérol, les lipides sanguins et les marqueurs d’inflammation. Seule exception au tableau, le lait semble réduire le risque d’hypertension. «Bref, le lait n’est pas un aliment qui guérit tout, mais il n’est pas dangereux non plus», résume le professeur Lamarche.

Pas question pour autant de sortir le lait des guides alimentaires, soutient le chercheur. «C’est correct que le lait soit neutre pour la santé cardiométabolique. Ça ne l’empêche pas d’être une bonne source de protéines, de minéraux et de vitamine D, des éléments nutritifs qui sont importants pour la santé globale d’une personne. On a trop tendance à évaluer les aliments individuellement et à les classer en deux catégories, les "bons" et les "mauvais", plutôt que de les considérer dans l’ensemble de l’alimentation d’une personne. D’ailleurs, quand on dit que l’effet du lait est neutre, il faut aussi se demander neutre par rapport à quoi. Si une personne cesse de boire des boissons gazeuses et des jus sucrés et qu’elle les remplace par du lait, l’effet sur sa santé cardiométabolique ne sera probablement pas neutre. Malheureusement, la plupart des études ne nous permettent pas de considérer cet effet de substitution.»

Outre Benoît Lamarche, le groupe d’experts était formé de Jean-Pierre Després, de la Faculté de médecine, Ian Givens, de l’Université de Reading au Royaume-Uni, Sabita Soedamah-Muthu, de l’Université Wageningen au Pays-Bas, Ronald Krauss, du Children’s Hospital Oakland Research Institute en Californie, Marianne Uhre Jakobsen, de l’Université Aarhus au Danemark, Heike Bischoff-Ferrari, de l’Université de Zurich, et An Pan, de la Huazhong University of Science and Technology.