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Volume 53, numéro 14 | 11 janvier 2018

Recherche

La part du milieu, l’oeuvre des gènes

La bosse des maths est le fruit d'interactions complexes entre la génétique et l'environnement

Par Jean Hamann

Naît-on avec la bosse des maths ou la développe-t-on à force de travail et de patience? Des chercheurs de l’École de psychologie qui se sont attaqués à cette question viennent de livrer leurs conclusions dans la revue Psychological Science. Leur étude décevra peut-être ceux qui espéraient une réponse simple et tranchée à cette question, mais elle a le mérite de chiffrer la part des gènes et celle de l’environnement dans les habiletés mathématiques à différents moments de l’enfance.

Pour mener cette étude, les chercheurs ont mesuré les connaissances mathématiques de plus de 600 paires de jumeaux à l’âge de 5 ans, de 7 ans ainsi qu’en 4e et en 6e année du primaire. Leur échantillon comprenait des jumeaux monozygotes – de «vrais» jumeaux – et des jumeaux dizygotes. Rappelons que les premiers partagent 100% de leurs gènes, alors que les seconds partagent en moyenne 50% de leur bagage génétique. À l’aide de modèles génétiques, les chercheurs ont quantifié la part des gènes, la part de l’environnement commun (c.-à-d. l’environnement partagé par les jumeaux d’une même famille, par exemple le niveau socioéconomique des parents) et la part de l’environnement unique dans les habiletés mathématiques des enfants.

Leurs analyses indiquent que, tout juste avant l’entrée en maternelle, l’environnement unique, l’environnement commun et les facteurs génétiques expliquent respectivement 47%, 35% et 18% des différences entre les enfants quant à la connaissance des nombres. Toutefois, les choses prennent une autre tournure après l’entrée à l’école. Dès la première année, la part des facteurs génétiques grimpe à 49% et elle atteint 52% à la fin du primaire pour le rendement en mathématiques. Quant à la part de l’environnement commun et à celle de l’environnement unique, elles diminuent au fil du primaire pour atteindre 21% et 27% respectivement en 6e année.

«Les facteurs génétiques semblent jouer un rôle plus important à l’école que pendant la période préscolaire, observe Michel Boivin. Cela pourrait s’expliquer par le fait que le développement des compétences en mathématiques nécessite des opérations mentales complexes qui ont des assises génétiques. L’autre possibilité est que l’école aplanit les écarts attribuables au milieu familial, de sorte que la génétique explique une plus grande part des différences qui subsistent après l’entrée à l’école.»

Les analyses des chercheurs révèlent également que l’environnement commun a un effet persistant sur le rendement en mathématiques. «Au-delà de la part significative jouée par les gènes, les acquis en milieu familial avant l’entrée à l’école quant à la connaissance des nombres continuent d’avoir un rôle significatif sur le rendement en mathématiques au moins jusqu’à la fin du primaire», constate l’étudiante-chercheuse Gabrielle Garon-Carrier, première auteure de l’étude.

Selon les chercheurs, la corrélation entre la connaissance des nombres avant l’entrée à l’école et le rendement en mathématiques à la fin du primaire suggère que l’on pourrait identifier très tôt les enfants qui risquent d’avoir des difficultés en mathématiques. Ces enfants pourraient donc profiter d’une intervention avant et après leur entrée à l’école pour soutenir leur développement en mathématiques.

Les autres chercheurs de l’École de psychologie qui cosignent l’étude sont Bei Feng et Ginette Dionne. L’étude est aussi signée par Yulia Kovas, Mara Brendgen, Frank Vitaro, Jean R. Séguin et Richard E. Tremblay.

jumeaux

Les chercheurs ont mesuré les connaissances mathématiques de plus de 600 paires de jumeaux à différents moments de leur enfance. À l'aide de modèles génétiques, ils ont quantifié la part des gènes et celle de l'environnement dans les habiletés mathématiques des enfants.

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