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Volume 51, numéro 11 | 19 novembre 2015

À la une

Passion, polyvalence et engagement

Les 100 lauréats des bourses de leadership et développement durable 2015-2016, dont Alain Robert Savoie, impressionnent par la qualité et l'originalité de leurs réalisations

Par Yvon Larose

Les amateurs de romans d’anticipation ont découvert un jeune auteur prometteur il y a un an. Alors âgé de 17 ans, l’Acadien Alain Robert Savoie publiait, aux Éditions Véritas Québec, un volumineux livre de 435 pages constituant le premier tome d’une trilogie intitulée Le paradoxe du futur. L’ouvrage avait comme sous-titre Survivre aux météorites. En octobre dernier, le jeune homme, maintenant inscrit au baccalauréat en sociologie à l’Université Laval, faisait paraître le deuxième tome intitulé La cité de l’espoir.

«J’écris, entre autres, pour envoyer des messages aux gens, explique Alain Robert Savoie. L’un d’eux est qu’il faut agir maintenant, sur les plans sociétal et environnemental, avant qu’il ne soit trop tard. Il faut changer comme personnes et comme société avant d’atteindre le point de non-retour.»

Le 18 novembre, au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, l’étudiant-écrivain a pris part à la cérémonie annuelle de remise des bourses de leadership et développement durable. Cette année, 100 étudiantes et étudiants aux trois cycles d’enseignement, qui se sont démarqués par leur esprit d’initiative et par des réalisations exceptionnelles, se sont partagé 1,1 million de dollars versés par de nombreux donateurs. Pour sa part, Alain Robert Savoie a reçu une bourse dans la catégorie Leadership artistique.

Le paradoxe du futur effectue un saut dans le temps d’environ 150 ans. Le premier roman décrit un monde ravagé par les guerres religieuses et la destruction de l’environnement. La bataille du mur des Lamentations, à Jérusalem, est l’un des temps forts du récit. Le second ouvrage décrit l’émergence d’une nouvelle civilisation, où des gens de différentes croyances et valeurs se serrent les coudes pour bâtir la Cité de l’espoir. Au même moment se développe la Cité des robots. «Mon but, indique le jeune auteur, est de faire comprendre qu’il faut accepter les autres.»

Sérieux, passionné, imaginatif, Alain Robert Savoie affiche une maturité assez surprenante pour son âge. Originaire du Nouveau-Brunswick, il a toujours eu à coeur la défense de la langue française en milieu minoritaire. Dans cet esprit, il a présenté plusieurs conférences dans les écoles primaires et secondaires de sa région. «On se fait dire qu’il faut parler l’anglais pour réussir dans la vie, souligne-t-il. Sans qu’on s’en rende compte, on se fait un peu assimiler.»

Le jeune boursier possède une belle conception de l’engagement. «J’ai toujours eu l’impression, dit-il, que chacun d’entre nous a son rôle à jouer pour améliorer les choses. Ma façon d’apporter ma contribution est d’utiliser mon arme la plus puissante, la parole. Je pense que si tout le monde avait une démarche qui porte à aider autrui, la société ne s’en trouverait que meilleure.»

Le bénévolat est, pour lui, une réalité familière. «J’ai toujours été à l’écoute des autres», explique Alain Robert Savoie. L’été dernier, chez lui, à Campbellton, il a passé une vingtaine d’heures par semaine auprès d’adultes souffrant de problèmes mentaux. «C’est très important de donner aux autres, affirme-t-il. On apprend beaucoup de ce genre d’expérience. Cela a été une grande leçon de vie qui m’a fait grandir comme personne.»

Son leadership, il l’a développé et exercé avec succès dans son milieu scolaire en occupant les postes de président et de trésorier du conseil étudiant. «J’ai toujours travaillé en équipe, précise-t-il. Je n’ai jamais considéré que j’avais une autorité absolue. J’ai toujours usé de diplomatie. J’ai trouvé les solutions qui répondaient le mieux aux besoins. Pour moi, on réussit à trouver une solution en prenant les meilleures idées de chacun.»

L’écriture romanesque l’habite. «Elle est devenue une partie de moi, soutient Alain Robert Savoie. Cette passion ne s’éteindra pas. Arrêter d’écrire serait comme arrêter de dire qui je suis.» Comme projet immédiat, il entend rédiger le troisième tome de sa trilogie. Mais déjà il réfléchit à non pas un, mais deux autres projets d’écriture. Son objectif: toujours faire mieux. Ses modèles en littérature sont J.K. Rowling, la créatrice de la série Harry Potter, George R.R. Martin, l’auteur de la série Le trône de fer, ainsi que l’écrivain québécois Patrick Sénécal. Invité au Salon du livre de Montréal en 2014, le jeune romancier l’a été de nouveau cet automne. Une invitation qu’il a toutefois déclinée afin de se consacrer à ses études.

Une autre de ses passions est la compréhension de l’esprit humain. «Ce sujet me fascine, affirme-t-il. Cela explique pourquoi il y a de nombreux personnages dans mes livres.»

Parmi les boursiers 2015-2016, on peut compter 36 étudiants du premier cycle, 53 du deuxième cycle et 11 du troisième cycle. En six ans, le Programme de bourses de leadership et développement durable a soutenu 537 étudiantes et étudiants et obtenu 6 millions de dollars de nombreux donateurs.

Pour plus d’information sur le programme et ses récipiendaires: ulaval.ca/pbldd


D’autres boursiers se démarquent

Ilrick Duhamel – Leadership entrepreneurial

Ilrick Duhamel vient de commencer ses études de baccalauréat en génie industriel. Au mois d’octobre, l’organisme Forces AVENIR lui remettait deux trophées pour ses réalisations passées. L’une d’elles est la création, en 2013, du premier atelier vélo dans un établissement collégial, le Cégep Garneau à Québec. Toujours actif, l’atelier offre un service professionnel et abordable d’entretien et de réparation. Au cégep, l’étudiant a participé à la réalisation d’une cinquantaine de projets comme directeur de l’entreprise-école Garneau Travail. «J’ai développé un sens des affaires pour bâtir une offre de service concurrentielle et diversifiée en fonction des capacités et des qualités de mon équipe, afin d’amener chacun des membres à se dépasser, souligne-t-il. En trois ans, les projets auxquels j’ai participé ont généré des revenus bruts de près de 60 000$.»

Éric Tchindongo – Leadership environnemental

Originaire de la République du Congo, Éric Tchindongo entreprendra des études de maîtrise en aménagement du territoire et développement régional à l’hiver 2016. En 2009, il a cofondé l’association Endangered Species International Congo (ESI-Congo). La vocation de cet organisme toujours actif et financé par la France et les États-Unis est de protéger les ressources naturelles de la région de Loaka et de faire des résidents locaux des acteurs majeurs dans la gestion de leur patrimoine naturel. «Je suis né en pleine zone forestière, explique-t-il. L’observation des animaux sauvages me passionnait pendant mon enfance. Mais j’ai aussi assisté à la destruction de leur habitat naturel. À la suite de mes études, et en comprenant l’interdépendance de l’humain et la nature, j’ai décidé de travailler pour la protection des espèces animales.»

Mélissa Di Sante – Leadership scientifique

Mélissa Di Sante est inscrite au doctorat en médecine expérimentale. En 2014, elle crée avec une collègue orthophoniste le blogue de recherche en orthophonie «Tout cuit dans le bec». Cet outil donne un accès facile à des recherches récentes. Il est novateur, créatif et dynamique. Il est présent sur les médias sociaux et compte maintenant plus de 2 600 lecteurs. En juin dernier, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec décernait le prix Innovation-Desjardins aux conceptrices du blogue. «Le blogue répond à un besoin criant exprimé par les orthophonistes québécois, affirme-t-elle. Nous y présentons, entre autres, des résumés en français d’articles scientifiques. Grâce au blogue, les professionnels peuvent plus facilement faire le pont entre les connaissances scientifiques et les réalités cliniques.»

Catherine Cyr Wright – Leadership social/humanitaire

Catherine Cyr Wright est inscrite à la maîtrise en technologie éducative. Deux stages ont marqué ses études de baccalauréat. Son séjour comme stagiaire en changement social chez Ingénieurs sans frontières Canada lui a notamment permis de développer son leadership de façon très importante. «Cette organisation, précise-t-elle, m’a donné la chance d’acquérir une vision critique, complète et inclusive du travail en développement international.» En 2014, elle a travaillé comme conseillère pédagogique dans une école primaire de la communauté de Lhomond, en Haïti. «Au Centre d’enseignement Toussaint-Louverture, poursuit-elle, mon poste demandait beaucoup de leadership et de créativité. Ma collègue et moi avions carte blanche en ce qui concernait le contenu et le déroulement de la formation continue des enseignantes et enseignants.»

Camille Pepin – Leadership sportif

Sportive de haut niveau, la fondeuse Camille Pepin poursuit des études de doctorat en psychologie. Elle se distingue également par son engagement social. Par exemple, l’an dernier elle a effectué un stage au Vietnam dans une école pour enfants handicapés. Mais ce dont elle est la plus fière est la création de clubs de ski de fond au Nunavik, dans le Grand Nord québécois. «J’ai monté ce projet de zéro, dit-elle, en collaboration étroite avec les communautés inuites. J’ai moi-même mis sur pied le club de Kuujjuaq qui compte aujourd’hui entre 30 et 40 membres. Le club, qui était réservé aux jeunes filles, comprend maintenant des garçons. Mais les groupes restent séparés.» L’objectif des clubs est d’offrir aux jeunes une opportunité d’apprendre des habiletés telles que le leadership, l’esprit d’équipe, l’engagement et un mode de vie sain.

Marc Robitaille

Cette année, 1,1 million de dollars ont été répartis entre les nouveaux boursiers.

Photo: Marc Robitaille

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