L’enthousiasme était palpable au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, le 25 avril, lors du deuxième forum de discussion organisé par l’Alliance santé Québec. Un enthousiasme visiblement partagé par le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science, Yves Bolduc, qui a profité de cette rencontre pour effectuer l’une de ses premières sorties publiques.

Unir ses forces. Tel est le premier objectif de l’Alliance santé Québec. Mis sur pied en octobre dernier, ce regroupement unique comprend des dirigeants d’établissements telle l’Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, des chercheurs provenant de l’Institut de santé publique du Québec, du CHU de Québec, de l’Université Laval, incluant une dizaine de facultés – dont celles de Médecine, des Sciences sociales, des Sciences de l’administration et de l’Agriculture et alimentation –, des gestionnaires du milieu de la santé et des praticiens de centres hospitaliers de Québec. Ce qu’ils ont tous en commun? Le souhait d’innover en santé et de mieux prendre en compte les besoins de la population.

Au cours de l’automne dernier, ce nouveau regroupement s’était donné comme objectif de convenir d’axes de recherche. Un des buts de cette mise en commun d’idées: déterminer des pistes de recherche à privilégier en santé dans la région de Québec dans un futur rapproché. Cette façon de tisser des partenariats correspond bien à la philosophie des chercheurs de la région, selon Sophie d’Amours. «À Québec, il y a déjà une bonne collaboration entre le milieu de la recherche fondamentale, celui des applications commerciales et celui de la mise en œuvre auprès du public, note la vice-rectrice à la recherche et à la création. Sans compter que l’interdisciplinarité fait littéralement partie de l’ADN de notre université. Il faut donc en faire profiter la population.»

Alain Beaudet, coprésident d’honneur de l’Alliance santé Québec, a su capter l’attention de plusieurs en racontant une anecdote qui résume bien l’importance des patients dans le choix des projets de recherche. Le président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) a expliqué à quel point un institut du domaine de la santé avait chamboulé récemment la liste de ses travaux à venir – définis jusque-là par les chercheurs – en décidant de consulter le public. «L’unique demande des patients, celle de soulager leur douleur, ne figurait pas dans la liste, explique Alain Beaudet. L’institut a donc revu ses priorités.» En regroupant les forces vives d’une dizaine de facultés, de centres de recherche et d’agence de santé, le regroupement a le potentiel, selon lui, d’aborder la santé de la façon la plus globale possible tout en tenant compte du patient.

Aussi coprésident d’honneur et scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion tient lui aussi à ce concept de santé durable. À quoi bon, par exemple, élaborer un nouveau médicament si les patients ne prennent pas leur prescription régulièrement? Autre question à laquelle pourrait répondre l’Alliance santé Québec dans un futur proche: comment s’assurer que les futurs dossiers médicaux informatisés ne soient pas un simple duplicata des dossiers papier actuels? «On pourrait aussi imaginer, par exemple, que des équipes de recherche utilisent des données sur les surplus de poids d’un certain segment de la population d’un bout à l’autre du Québec, une opération impossible à grande échelle actuellement. En menant de telles recherches, on pourrait améliorer des pratiques de santé très rapidement», prédit-il.

De son côté, le président du regroupement, Michel Clair, se réjouit de tout ce bouillonnement d’idées émanant des membres qui ont déjà dégagé des dizaines de pistes d’action. Il s’agit là, selon lui, d’une occasion unique de rassembler et de mobiliser les compétences de chacun autour du patient alors même que le contexte économique oblige à réduire les budgets. «Il faut arrêter de considérer la santé uniquement comme une dépense, mais plutôt prendre conscience de la création de richesse que ce secteur représente, souligne-t-il. Les établissements de santé ont un rôle incroyable à jouer, ne serait-ce que par le caractère novateur de leur personnel hospitalier. Imaginez si l’on pouvait réduire le temps qui s’écoule actuellement entre une découverte médicale et son application auprès des malades, ce serait un grand progrès.»

Les interventions d’experts par visioconférence, dont notamment celle d’Ulf Smith, professeur de médecine au Laboratoire Lundberg de recherche sur le diabète en Suède, vont dans le même sens. Cet expert a expliqué que plusieurs partenaires ont regroupé récemment leurs forces au sein du Conseil européen pour la recherche en santé. Cette alliance devrait permettre de rapprocher le milieu de la recherche et celui des politiques publiques, alors que la valeur financière des fonds diminue au fil des ans. Pour ce spécialiste en diabète, il n’y a d’ailleurs aucun doute: la collaboration entre chercheurs de différentes spécialités conduit également à de nouvelles découvertes.