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Volume , numéro | 4 octobre 2018

Recherche

La peau in vitro passe le test in vivo

Une étude montre que 98% des greffons s'implantent de façon durable chez les grands brûlés

Par Jean Hamann

Des chercheurs de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval viennent de démontrer que la peau fabriquée in vitro est une solution très efficace pour traiter les grands brûlés. L’étude qu’ils publient dans la revue European Cells and Materials révèle que 98% des greffons implantés sur de grands brûlés s’intègrent de façon durable au corps des patients.

Ces résultats spectaculaires viennent couronner trois décennies de travaux sur la culture cutanée menés au Centre de recherche en organogénèse expérimentale / LOEX de l’Université Laval. Les chercheurs de ce centre ont mis au point une technique de production de substitut cutané qui repose sur l’autoassemblage. Contrairement aux techniques qui font appel à des cellules et à des biomatériaux, la méthode mise au point au LOEX permet de reconstruire la peau en utilisant exclusivement des cellules saines prélevées chez un patient. Lorsque ces cellules sont placées dans de bonnes conditions de croissance, elles se multiplient et s’organisent par elles-mêmes, ce qui permet de créer en moins de deux mois des feuillets cutanés comprenant un derme et un épiderme. «Un prélèvement de peau sur une surface équivalant à une pièce de 2$ permet de produire assez de feuillets cutanés pour couvrir tout le corps d’un grand brûlé», précise Lucie Germain, directrice scientifique du LOEX. Ces greffons sont implantés sur le corps du patient par un chirurgien. Comme ils ne contiennent aucun biomatériau, les risques de réaction inflammatoire et de rejet sont faibles.

C’est ce que confirme l’étude menée sur 14 personnes, dont 2 enfants, qui, en moyenne, avaient subi des brûlures profondes sur plus de 74% de leur surface corporelle. À peine 2% des feuillets cutanés ne se sont pas implantés correctement pendant la première semaine suivant la chirurgie. Une fois ce cap passé, les greffons s’intègrent en permanence au corps du patient, ont constaté les chercheurs au terme d’un suivi de plusieurs années. Leurs observations indiquent que la présence de cellules souches dans les feuillets cutanés assure le renouvellement du tissu greffé, que le substitut cutané possède des caractéristiques fonctionnelles comparables à celles de la peau normale et que le taux d’infection est très faible. «La peau greffée se vascularise bien et elle reste souple, de sorte que les articulations ne sont pas bloquées», souligne la professeure Véronique Moulin, de la Faculté de médecine. De plus, les greffons ont la capacité de s’étirer, ce qui rend leur usage possible chez les enfants victimes de graves brûlures.

Habituellement, les grands brûlés sont traités en procédant à des autogreffes de peau prélevée sur les parties intactes de leur corps. Lorsque les blessures touchent plus de 50% de la surface corporelle, il faut attendre que ces régions se régénèrent afin d’y prélever de nouveaux greffons. Ces interventions répétées chez des patients déjà affaiblis causent des douleurs, des infections et des cicatrices importantes. «Les greffons cultivés sont nettement supérieurs pour leur aspect clinique et leur souplesse, souligne Amélie Dumas, chirurgienne au CHU de Québec – Université Laval. De plus, ils diminuent de façon marquée les cicatrices épaisses qui peuvent provoquer des déformations résiduelles.»

L’approche développée au LOEX pourrait bientôt profiter à un plus grand nombre de patients, a souligné le directeur du centre, François Auger. «Nous avons entrepris un essai clinique pancanadien qui permettra d’offrir ce traitement novateur aux grands brûlés de tout le pays.»

Les chercheurs de l’Université Laval qui signent l’étude publiée dans la revue European Cells and Materials sont Lucie Germain, Danielle Larouche, Chanel Beaudoin-Cloutier, Hervé Genest, Amélie Dumas, Ariane Bussières, Yannick Leclerc, Véronique Moulin et François Auger. Des équipes de l’Université de Montréal et de l’Université McGill ont aussi participé à ce projet.

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Le substitut cutané développé par les chercheurs de l'Université Laval est produit à partir d'un petit échantillon de peau saine du patient. Ces cellules cutanées sont mises en culture pendant quelques semaines et le résultat est un feuillet formé de deux couches, le derme et l'épiderme, qui peut être implanté sur le grand brûlé.

Photo: Centre de recherche en organogenèse expérimentale de l’Université Laval/LOEX

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