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Volume 49, numéro 29 | 22 mai 2014

Société

Péril en la demeure

Plusieurs sites d'intérêt patrimonial sont menacés à Québec selon Martin Dubois, chargé de cours à l'École d'architecture  

Par Renée Larochelle

Ils sont encore là, toujours debout, témoins d’une époque plus ou moins lointaine. Certains risquent de tomber sous le pic des démolisseurs, tandis que d’autres se meurent faute d’entretien. Ces lieux qu’il juge en danger, Martin Dubois, qui enseigne les notions de conservation patrimoniale et d’analyse à l’École d’architecture, en a dressé une liste, laquelle n’engage que lui, précise-t-il. «Plus on va en parler, plus cela risque d’éveiller les consciences», soutient l’architecte.   

Parmi ces bâtiments figure le cottage Ross, dans le quartier Saint-Sacrement. Située au 1244 chemin Sainte-Foy, cette maison centenaire représente le dernier vestige d’un grand domaine connu autrefois sous le nom de Holland Farm, du nom de son premier  propriétaire. En 1885, le domaine passe entre les mains de la famille Ross qui y fait construire, en 1904, un cottage pour loger leur chauffeur. Sans occupant depuis plusieurs années, ce bâtiment issu du style Arts & Crafts fait partie de la transaction entourant la résidence pour personnes âgées Le Gibraltar, ce qui n’augure rien de bon pour sa survie, croit Martin Dubois. Son déménagement au parc Samuel-Holland, où il servirait de pavillon de services, représenterait sa planche de salut. 

Autre bâtiment abandonné à son sort: la maison Pollack sur Grande-Allée. Reconnaissable à sa monumentale colonnade en façade, elle a été construite en 1909 pour un riche industriel puis achetée plus tard par Maurice Pollack, fondateur des magasins à grande surface du même nom. Transformé en maison de chambres dans les années 1970, ce bel édifice de style néobaroque se dégrade lentement dans l’indifférence générale.

Situation semblable pour la maison Bignell, sise au 1524 de la côte à Gignac. Considérée comme la plus ancienne maison en bois de Sillery, elle bénéficie d’une certaine protection en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, d’où le fait qu’elle n’ait pas encore été démolie, soutient Martin Dubois. Rien ne garantit toutefois sa survie en raison de sa décrépitude et du manque de volonté de son propriétaire pour la restaurer. Un jour viendra où elle tombera en ruines et où il deviendra impossible de la restaurer; avec comme seule avenue sa démolition pure et simple.

S’il pouvait parler, le centre communautaire Durocher du quartier Saint-Sauveur aurait beaucoup de choses à raconter, lui qui a vu de nombreuses générations y fréquenter ses 14 allées de quilles et sa grande salle polyvalente. Édifié en 1950 par les pères Oblats, le centre représente une véritable institution pour les habitants du quartier Saint-Sauveur. Des manifestations de citoyens pour empêcher sa démolition n’ont donné aucun résultat et il sera bientôt démoli pour faire place à un immeuble de logements sociaux. Au lieu de tout jeter par terre, Martin Dubois propose de sauvegarder et d’intégrer la tour d’entrée octogonale décorée de bas-reliefs au nouveau bâtiment.

Que dire de l’ancienne caserne de pompiers de Limoilou sise au 325 de la 5e rue? Fermée en 1992, elle a été convertie en centre d’art et de culture en 1997 puis a fermé ses portes en 2004. Elle sert d’entrepôt depuis cette date. Certains projets ont été mis sur la table, dont le plus récent consiste en l’implantation d’une halte-garderie. Mais l’avenir de ce remarquable bâtiment construit en 1910 demeure incertain.

Du côté du patrimoine religieux, l’avenir est plutôt sombre pour l’église Saint-Coeur-de-Marie, reconnaissable avec son haut clocher byzantin dominant la Grande-Allée. Récemment, rappelle Martin Dubois, un promoteur a parlé de la convertir en copropriété de luxe, ce que l’architecte trouverait dommage. Gaspiller un espace intérieur de ce calibre en le divisant en appartements lui apparaît une hérésie. «On ne peut pas tout garder et recycler, convient-il. Mais il y a moyen de reconvertir ces églises en lieu culturel accessible à la population, comme cela s’est fait pour l’église Saint-Denys-du-Plateau, par exemple, où a été déménagée la bibliothèque Monique-Corriveau. Sans compter toutes ces autres églises désaffectées ou menacées comme Saint-Charles-de-Limoilou, Saint-Jean-Baptiste, la chapelle historique du Bon-Pasteur…»

Pour faire la part des choses, Martin Dubois a établi la liste des 10 bons coups patrimoniaux de Québec sur son blogue publié dans Contact.

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La maison Bignell, au 1524 côte à Gignac. Elle est considérée comme la plus ancienne maison en bois de Sillery.

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