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Volume 54, numéro 6 | 17 octobre 2018

Philanthrope au service du coopératisme

Donateur d'une nouvelle chaire de leadership en enseignement, Alban D'Amours veut faire avancer les connaissances sociologiques en coopération

Par Matthieu Dessureault

Le 17 octobre, l’Université a procédé au lancement de la Chaire de leadership en enseignement Alban-D’Amours en sociologie de la coopération (CLE-ASC). Ce programme, qui s’ajoute à un fonds de soutien aux activités d’enseignement et de recherche sur la coopération, est financé en partie par Alban D’Amours. L’objectif? Contribuer à l’analyse et à la réflexion sociologique sur la coopération et l’apport du modèle coopératif au développement de la société. La CLE a pour titulaire Dan Furukawa Marques, professeur au Département de sociologie.

Nous avons profité du lancement pour effectuer une entrevue avec Alban D’Amours sur sa vision du mouvement coopératif.

L’histoire du mouvement coopératif est très riche au Québec. On peut penser, par exemple, au Mouvement Desjardins, dont vous avez été le président de 2000 à 2008, mais aussi aux quelque 3 340 coopératives qui existent actuellement. Quel constat faites-vous de l’évolution du coopératisme au Québec ces dernières années?

Le mouvement coopératif a progressé d’une façon exceptionnelle, si on le compare à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Le Québec est un terreau très fertile pour assurer l’essor des coopératives. Cela s’explique par le fait que les Québécois avaient des besoins, notamment dans les domaines de la finance et de l’agriculture, que le marché ou l’entreprise capitaliste n’arrivait pas à satisfaire. Les coopératives ont permis de bien répondre à ces besoins, ce qui explique leur multiplication sur le territoire dans divers secteurs.

Aujourd’hui, les coopératives ont atteint une telle maturité que certains croient qu’elles ont dévié de leur mission. On entend parfois dire que les coopératives, puisqu’elles sont très performantes, sont devenues comme toutes les grandes entreprises. Ce n’est pas le cas. Leur modèle d’affaires est très différent de celui du capitalisme.

En quoi se distingue-t-il?

Il se distingue par ses principes fondateurs et par les valeurs qu’il véhicule, que ce soit la justice, l’équité ou le partage. Il y a aussi son modèle de propriété, qui est collectif, sa gouvernance, qui est démocratique, et sa logique d’affaires, qui n’en est pas une de profit, mais bien de services.

Le don, comme celui que vous faites à l’Université Laval pour la création de la CLE-ASC, s’inscrit-il dans la pensée coopérative?

Il y a certainement un lien très fort à faire entre la philanthropie et les valeurs du mouvement coopératif. Le don permet de contribuer à un effort collectif qui vise des bénéfices plus larges que les bénéfices individuels que l’on peut chercher à atteindre dans une société.

En quoi le coopératisme offre-t-il une vision porteuse de progrès, selon vous?

Notre système économique est en profonde évolution. Avec le numérique, on se retrouve de plus en plus dans une économie de partage. De plus, à travers le monde, on assiste à une méfiance grandissante à l’égard du modèle d’affaires capitaliste, que plusieurs pointent du doigt pour diverses raisons. En permettant aux coopérateurs de conjuguer leurs intérêts personnels avec l’intérêt collectif, le modèle coopératif offre un net avantage sur le modèle capitaliste dont la logique d’affaires est le profit.

Cela dit, le modèle coopératif n’est pas là pour remplacer le capitalisme. Je plaide plutôt pour le pluralisme des modèles de propriété. Nous avons besoin de ces diverses formes de propriété dans notre économie. Toute référence historique nous enseigne que la sortie du capitalisme est irréaliste. Le pluralisme recherché rend encore plus efficaces les mécanismes de poids et de contrepoids nécessaires à l’atteinte d’un état d’équilibre reflétant plus de démocratie, plus de valeurs humaines dans la conduite des affaires, une plus grande protection des consommateurs, une plus grande cohésion sociale et une plus grande conscience des exigences d’un développement durable.

Le modèle d’affaires coopératif s’inscrit dans une économie de marché dont il maîtrise les règles de concurrence. Ses faits d’armes retiennent de plus en plus l’attention: sa résilience, sa capacité de croître malgré les revers des crises économiques, sa gestion prudente des risques, sa réponse aux besoins et la confiance qu’il inspire.

Pourquoi est-il important de créer une chaire de leadership en enseignement consacrée à la sociologie de la coopération?

Depuis leur naissance, les coopératives se sont développées et institutionnalisées à l’aide de principes largement reconnus. Or, devant l’individualisme qui est de plus en plus au cœur de nos sociétés, on a moins tendance à penser au futur. Je pense qu’il est essentiel de penser au rôle que peut jouer le modèle coopératif. On peut se baser sur des exemples de réussite des coopératives, mais il faut aussi développer le pouvoir de la pensée dans le domaine de l’évolution. C’est ainsi que l’on pourra contribuer à l’essor du mouvement coopératif sur la planète ainsi qu’à l’avènement d’un nouvel ordre économique mondial. Ce pouvoir de la pensée, on va le construire à l’Université grâce à l’enseignement et à la recherche.

En fondant la Faculté des sciences sociales à l’Université Laval, Georges-Henri Lévesque a voulu développer ce pouvoir de la pensée afin qu’il fasse sa place de façon rationnelle et ordonnée dans l’économie et dans la société. Inspiré par Saint Thomas d’Aquin et par de grands penseurs, il a utilisé la voie de la philosophie de la coopération. En ce qui me concerne, je préfère me tourner vers la sociologie. En travaillant de façon interdisciplinaire avec des économistes, des politicologues, des psychologues et des experts issus d’autres domaines, nous pourrons bâtir ce pouvoir de la pensée.

Le modèle capitaliste, l’entreprise et la propriété privées ont bénéficié du pouvoir extraordinaire de la pensée. Ce pouvoir a soutenu un modèle d’affaires qui a grandement influencé les politiques économiques. En faisant la même chose du côté du modèle coopératif, nous ouvrirons de nouvelles portes pour influencer les gouvernements et les politiques économiques et sociales.

Et pourquoi avoir choisi l’Université Laval pour bâtir ce pouvoir de la pensée?

Je suis un ancien de l’Université Laval, tout comme ma conjointe et nos enfants. C’est en quelque sorte un geste de reconnaissance envers notre alma mater. Étant donné que l’être humain est très complexe dans ses mécanismes décisionnels, le Département de sociologie me semblait être un choix judicieux afin de mieux comprendre les comportements de la personne dans une société, une société qui s’annonce nouvelle.

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Photo : Louise Leblanc

Le lancement de la Chaire de leadership en enseignement Alban-D'Amours en sociologie de la coopération a eu lieu le 17 octobre au pavillon Jean-Charles-Bonenfant en présence de Robert Beauregard, vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, Alban D'Amours, donateur, Sophie D'Amours, rectrice, François Gélineau, doyen de la Faculté des sciences sociales, et Dan Furukawa Marques, titulaire de la CLE.

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