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Volume 49, numéro 5 | 26 septembre 2013

Arts

Pilules de Blaud et autres curiosités

Un crochet par le hall Marcelle-et-Jean-Coutu du pavillon Ferdinand-Vandry permet de remonter les traces étonnantes du passé de la pharmacie au Québec

Par Brigitte Trudel

Comment se pratiquait la pharmacie chez nous au 19e siècle? Quelles médications, quelles posologies? L’exposition «Edmond Giroux (1837-1905), pharmacien», figure illustre d’une dynastie de pharmaciens québécois, permet d’en apprendre un chapitre sur le sujet. Présenté par la Société québécoise d’histoire de la pharmacie (SQHP) à l’occasion de la Semaine de la culture, l’événement a lieu jusqu’au 29 septembre.

Qui était Edmond Giroux? Issu d’une famille de Québec qui a compté huit pharmaciens au fil des générations, formé en partie à la Faculté de médecine de l’Université Laval, il a officié rue Saint-Pierre au cours du 19e siècle. Pourquoi avoir choisi son parcours pour inspirer ce voyage dans le temps? «Ce pionnier a marqué notre histoire de la pharmacie, explique Gilles Barbeau principal, responsable de l’exposition et professeur à la Faculté de pharmacie. Sa pratique était avant-gardiste et il était très impliqué dans son milieu.»

Par exemple, Edmond Giroux a vendu les analgésiques, ancêtres de l’aspirine, presque dès leur apparition, raconte le professeur. Sur le plan professionnel, l’homme a été président de l’Association pharmaceutique de la province de Québec (ancêtre de l’Ordre des pharmaciens du Québec). Il aussi été un instigateur de la Loi de pharmacie signée en 1875. L’adoption de cette loi, explique le professeur Barbeau, a donné aux pharmaciens le contrôle des critères d’accession à leur profession et de formation, les éloignant de la dépendance de la médecine.

L’intérêt du personnage Giroux réside aussi dans son implication sociale. Conseiller municipal durant quelques années, il a aussi présidé la Commission du Havre (ancien Vieux-Port de Québec), un poste clé qui le rendait en quelque sorte responsable de la plus grande porte d’entrée d’éventuelles épidémies dans la province.

En plus de raconter la vie professionnelle et sociale d’Edmond Giroux, l’exposition décrypte des extraits d’un de ses ordonnanciers (livre de prescriptions). L’outil révèle une foule de renseignements sur les médicaments de l’époque, leurs maux associés et leurs procédés de préparation. Pour le manque d’appétit? La noix vomique. La fièvre? Le Salol. L’anémie? Les pilules de Blaud. Des panneaux explicatifs détaillent ces produits tandis que des artéfacts originaux – mortiers, bouteilles, petites fioles – sont présentés en complément d’information.

Un défi sous forme de concours enjoint même le visiteur à déchiffrer une mystérieuse ordonnance datée de 1891. Test auquel entend se soumettre Anne-Marie Lévesque, visiteuse et étudiante de première année en pharmacie. «Ça pique la curiosité, constate-t-elle. La plupart des produits présentés ici ne me disaient rien. C’est instructif de constater l’évolution du domaine et de faire des liens avec nos connaissances actuelles.»

Histoire de la pharmacie: un domaine inexploré

Qu’il soit question de ses balbutiements après la colonisation ou de son évolution par la suite, l’histoire de la pharmacie au Québec est un domaine riche à explorer, note Gilles Barbeau. «Malheureusement, à ce jour, très peu de recherches ont été faites à ce propos», déplore-t-il.

La Société québécoise d’histoire de la pharmacie, dont le professeur est membre fondateur et qui a vu le jour en mai dernier, entend pallier au manque. Entre autres moyens, le regroupement, hébergé par l’Université Laval, souhaite créer des bourses de deuxième cycle pour des étudiants en histoire afin d’inciter ces derniers à se pencher sur ce champ de connaissance.

Marc Robitaille

Fioles et flacons divers contiennent des concoctions qu'on ne trouve plus en pharmacie aujourd'hui.

Photo: Marc Robitaille

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