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Volume 50, numéro 25 | 26 mars 2015

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Piscines sous la loupe

Des chercheurs appellent à la vigilance au sujet des sous-produits de désinfection de l'eau présents dans les piscines intérieures

Par Jean Hamann

L’eau et l’air des piscines intérieures du Québec contiennent un type de contaminants dont la concentration atteint parfois des niveaux qui appellent à la vigilance, révèle une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Montréal. Sans qualifier la situation d’alarmante, les auteurs de cette étude, dont Manuel Rodriguez, titulaire de la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval et professeur à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional, recommandent un meilleur suivi de ces contaminants environnementaux qui peuvent affecter la santé des personnes qui travaillent dans les piscines.

Ces contaminants sont des sous-produits de désinfection (SPD) qui proviennent de la réaction chimique entre le chlore, utilisé pour détruire les microorganismes présents dans l’eau, et la matière organique qui s’y trouve. Cette matière organique est constituée essentiellement de cheveux, de sueur, de saletés et, à l’occasion, d’urine, introduits dans l’eau par les baigneurs. «Certains SPD restent dans l’eau, alors que d’autres, plus volatils, se retrouvent dans l’air des piscines, précise le professeur Rodriguez. Ces produits peuvent causer des irritations aux yeux ou aux voies respiratoires ainsi que des problèmes d’asthme. À long terme, il semble qu’ils pourraient aussi augmenter le risque de certains cancers.» Au Québec, il existe des normes touchant la concentration de SPD dans l’eau potable, mais aucune réglementation ne fixe une concentration limite pour ces produits dans l’eau ou l’air des piscines.

Le professeur Rodriguez et ses collègues de l’Université de Montréal, Robert Tardif, Cyril Catto et Sami Haddad, ont mené, à l’automne 2012, une campagne d’échantillonnage dans 41 piscines intérieures des régions de Montréal et de Québec dans le but de mesurer les concentrations de SPD. Les résultats de leurs analyses montrent que les niveaux de ces contaminants sont très variables d’une piscine à l’autre et qu’ils sont parfois élevés par rapport aux normes qui existent dans d’autres pays. «Au moment de l’échantillonnage, 12% des piscines que nous avons étudiées excédaient les normes du Royaume-Uni et de la Finlande pour les trihalométhanes, le plus connu des SPD, souligne Manuel Rodriguez. Presque toutes les piscines dépassaient la norme allemande.»

Ces contaminants pourraient causer des problèmes de santé aux personnes qui passent beaucoup de temps en piscine, notamment les nageurs d’élite, mais l’étude interpelle au premier chef les sauveteurs et les autres personnes pour qui la piscine est un milieu de travail. La recherche a d’ailleurs été financée par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, qui souhaitait mieux documenter la situation de ces travailleurs.

Même s’il n’existe pas de normes pour les SPD dans les piscines, les gestionnaires de ces équipements peuvent adopter des mesures pour réduire l’exposition des travailleurs à ces contaminants, fait valoir le professeur Rodriguez. Sa première suggestion est de faire davantage d’efforts pour inciter les baigneurs à prendre une douche avant d’entrer dans le bassin. «Une douche d’une soixantaine de secondes, sans savon, permet de réduire de façon appréciable la quantité de matière organique qu’un baigneur introduit dans l’eau.» Dans la même veine, le port obligatoire du bonnet de bain et l’interdiction du short porté comme vêtement à l’extérieur de la piscine réduiraient la quantité de matière organique qui se retrouve dans le bassin.

La seconde mesure consiste à permettre aux travailleurs de prendre des pauses régulières dans des locaux qui ne donnent pas directement sur la piscine. «Il faudrait que ces locaux soient bien isolés pour éviter que les SPD présents dans l’air de la piscine y pénètrent», précise le chercheur.

Enfin, les responsables de ces équipements doivent aussi s’assurer que le renouvellement de l’air est suffisant pour évacuer les contaminants volatils de l’enceinte de la piscine. La même vigilance s’applique pour les SPD présents dans l’eau; il faut donc veiller au renouvellement de l’eau du bassin et au bon fonctionnement des appareils de filtration. «Ces bonnes pratiques sont connues, mais la façon de les appliquer dépend du bon vouloir et de l’expertise du gestionnaire de chaque piscine. L’adoption de normes gouvernementales sur les SPD en piscine obligerait un meilleur suivi et un contrôle plus rigoureux de ces contaminants, estime le professeur Rodriguez. Pour éviter d’avoir à réinventer la roue, il faudrait s’inspirer de ce qui a été fait dans les pays européens qui ont adopté des normes pour ces produits.»

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Au moment de l'échantillonnage, 12% des piscines étudiées excédaient les normes en vigueur au Royaume-Uni et en Finlande sur les trihalométhanes. Presque toutes les piscines dépassaient la norme allemande.

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