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Volume 42, numéro 32 | 24 mai 2007

À la une

La porte des étoiles

Frédéric Grandmont remporte le prix de la meilleure thèse de doctorat en astrophysique au Canada

Par Jean Hamann

Frédéric Grandmont est un être hybride d’une rare espèce. En lui cohabitent un physicien en quête de sens et d’idéal et un homme d’affaires pragmatique qui avoue candidement son attrait pour les biens et les plaisirs de ce monde. «Pendant longtemps, j’ai eu l’impression qu’il n’y avait pas de chemin que je pouvais suivre pour satisfaire ces deux aspects de ma personnalité, avoue-t-il. Un jour, quelqu’un m’a dit que c’était à moi de le tracer.» Il semble que le conseil ait porté fruit puisque le jeune diplômé du Département de physique, génie physique et optique occupe aujourd’hui un poste qui lui permet d’être nettement à l’abri de l’indigence, de contribuer directement au développement économique de la région et d’atteindre ses idéaux scientifiques. Dans quelques jours, il recevra d’ailleurs la médaille Plaskett 2007 remise à l’auteur de la plus remarquable thèse de doctorat en astrophysique/astronomie déposée au cours des deux dernières années dans une université canadienne.
   
Malgré un titre plutôt rébarbatif – Développement d’un spectromètre imageur à transformée de Fourier pour l’astronomie -,  «sa thèse est un bijou à lire», assure le professeur Laurent Drissen, qui n’a pas hésité une seule seconde à soumettre le travail de son étudiant au concours organisé conjointement par la Société canadienne d’astronomie (CASCA) et la Société royale d’astronomie du Canada. «Frédéric est une personne extrêmement brillante et très autonome. En plus, il est très bon pédagogue et sa thèse le reflète bien», assure le professeur qui dit avoir grandement appris au contact de ce double diplômé en physique et génie physique.
   
Originaire de la région de Trois-Rivières, Frédéric Grandmont est tombé dans la science quand il était petit. Son père, ingénieur et professeur à l’UQTR, a inculqué à ses quatre enfants le désir de comprendre comment les choses fonctionnent et le bonheur de solutionner des problèmes. Trois sont devenus ingénieurs et l’autre est professeure de chimie-physique au secondaire. L’intérêt de Frédéric Grandmont pour l’espace date de l’enfance et s’est d’abord nourri de science-fiction. «J’avais une peur bleue que des extra-terrestres traversent les murs de ma chambre et m’enlèvent», avoue-t-il. Plus tard, c’est la fascination pour l’inconnu et le questionnement philosophique que suscite la contemplation du ciel qui alimenteront cet intérêt. Après des études collégiales en sciences, entremêlées de cours sur le monde des affaires, il opte pour la physique à l’UQTR où il obtient son baccalauréat en 1997. Il s’inscrit ensuite au baccalauréat en génie physique à l’Université Laval parce que, estime-t-il, «un diplôme d’ingénieur présente plus d’intérêt aux yeux des employeurs». Il complète le programme en deux ans et entre à l’emploi d’ABB-Bomem, où il a la chance de participer à des projets liés au James Webb Space Telescope (JWST), un télescope spatial de nouvelle génération qui doit être lancé en 2013. Il travaille notamment au dossier d’un nouvel appareil d’observation astronomique faisant appel à un spectromètre à transformée de Fourier. Jugé complexe et trop audacieux pour l’espace, le projet n’est finalement pas retenu pour le JWST.

Révolutionner l’observation astrophysique
Si son nouvel emploi comblait ses aspirations entrepreneuriales, son idéal de physicien lui dictait un retour aux études «pour obtenir au moins une maîtrise», précise-t-il. Il décroche une bourse CRSNG à incidence industrielle qui lui permet de partager son temps entre ses études et son travail et, à l’automne 2000, il se joint à l’équipe de Laurent Drissen où il entreprend la réalisation d’une version terrestre de l’instrument d’observation écarté pour le JWST. Les choses roulent rondement et il profite d’un passage accéléré au doctorat pour achever le projet. Grâce au soutien financier de l’Agence spatiale canadienne, de la FCI et du FRQNT, il réalise le design de l’instrument et il procède à sa construction à l’Observatoire du Mont Mégantic. Les premiers résultats obtenus grâce à cet appareil, baptisé SpiOMM, sont probants. «Il s’agit toutefois d’un instrument très complexe et les astrophysiciens sont des gens qui préfèrent utiliser des outils qu’ils connaissent bien. Mais, lorsqu’on aura démontré tout le potentiel du SpiOMM, il pourrait révolutionner l’observation astrophysique», croit Laurent Drissen.
   
Le principal avantage du SpiOMM est temporel. «On ne va pas chercher des données qui sont inaccessibles aux autres instruments d’observation, mais on produit plus d’information en moins de temps, explique Frédéric Grandmont. La différence est peut-être d’un facteur 1000.» Un astronome qui étudie la composition d’une nébuleuse procède normalement en prenant le spectre d’une région de l’objet, qui peut représenter à peine 1 % de l’ensemble, puis il répète l’exercice de façon à couvrir toute la nébuleuse. Le SpiOMM permet d’obtenir l’image et le spectre de l’ensemble de l’objet en une seule étape parce qu’il produit un spectre pour chacun des quelque 1,5 million de pixels que contiennent les images qu’il recueille.
   
L’expertise que Frédéric Grandmont a développée au doctorat sert maintenant à son employeur puisqu’il travaille à la conception d’un spectromètre imageur pour la prochaine génération de satellites météorologiques américains et européens. «Auparavant, je croyais qu’il fallait aller aux États-Unis pour travailler sur d’importants projets spatiaux. Je constate maintenant qu’on peut apporter une contribution significative à de grands projets à partir d’ici tout en générant des millions de dollars dans l’économie de la région.» Chez ABB-Bomem, son poste comporte d’ailleurs 50 % de science et 50 % de développement d’affaires. «Je n’ai plus le sentiment d’être déchiré entre deux mondes, constate-t-il. Je crois que j’ai réussi à tracer ma voie.»

Marc Robitaille

«On peut apporter une contribution significative à de grands projets spatiaux à partir d'ici tout en générant des millions de dollars dans l'économie de la région», affirme Frédéric Grandmont, qu'on voit ici avec une maquette du satellite SCISAT dont ABB-Bomem a fabriqué l'instrument d'observation principal.

Photo: Marc Robitaille

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