Des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Montréal viennent de découvrir une nouvelle façon d’évaluer le risque de rejet d’un organe avant qu’il soit greffé. L’article qu’ils publient sur le sujet dans la dernière édition de la revue Science Translational Medicine suggère également une façon d’atténuer ce risque.

L’équipe d’Éric Boilard, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, et celle de la professeure Marie-Josée Hébert, dont fait partie la première auteure de l’étude, Mélanie Dieudé, de l’Université de Montréal, ont découvert que de petites vésicules, pouvant être produites tant par le receveur que par l’organe transplanté, favorisent le rejet de la greffe. «Ces vésicules, produites par l’endothélium des vaisseaux sanguins, contiennent le protéasome, un complexe enzymatique dont la fonction est de dégrader les protéines défectueuses ou altérées, explique le professeur Boilard. On savait que le protéasome agissait à l’intérieur des cellules, mais nous avons démontré qu’il pouvait aussi être libéré dans le milieu extracellulaire, encapsulé dans des vésicules de petite taille.»

Ces vésicules seraient larguées dans la circulation sanguine par des cellules en dégénérescence en raison d’une maladie ou d’une blessure. «Chez les patients en attente de greffe, qui ont par définition un organe atteint, le protéasome stimulerait la production d’autoanticorps avant même que la greffe ait lieu, souligne le chercheur. Ces autoanticorps sont un facteur majeur de rejet des organes greffés. D’ailleurs, nous avons observé une accélération du rejet de greffe chez des souris à qui nous avons injecté ces vésicules.»

Par ailleurs, ces vésicules pourraient aussi être libérées par les organes destinés à la transplantation, suggèrent les analyses effectuées par les chercheurs. «Elles pourraient donc servir d’indicateur du risque de rejet, estime le professeur Boilard. On pourrait aussi les utiliser comme marqueurs pour évaluer l’efficacité de différentes procédures de manipulation et de transport d’organes.»

La bonne nouvelle est qu’il existe des molécules qui bloquent l’action du protéasome. «Elles sont déjà utilisées dans le traitement de certaines maladies, mais on pourrait y recourir pour atténuer la production d’autoanticorps chez les personnes qui doivent subir une greffe d’organe», propose le chercheur.

L’article publié dans Science Translational Medicine est signé par 25 chercheurs, dont Matthieu Rousseau, Anne-Claire Duchez, Tania Lévesque et Éric Boilard de l’Université Laval.