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Volume 50, numéro 22 | 26 février 2015

À la une

Pour un développement durable du Nord

L'Université collabore à l'organisation du premier Symposium international sur le développement nordique, qui se tient cette semaine au Centre des congrès de Québec

Par Matthieu Dessureault

Au nord du 55e parallèle, sur les rives du détroit d’Hudson, la compagnie Glencore exploite l’un des plus importants gisements mondiaux de nickel. Depuis 1998, la mine Raglan emploie quelque 1000 personnes, dont plusieurs Inuits de la région. Bien qu’elle apporte des revenus et verse des redevances aux communautés locales, sa présence ne crée pas un développement économique durable, témoigne le professeur Thierry Rodon, du Département de science politique.

Le spécialiste des questions nordiques a mené une étude sur les effets de la mine dans les communautés de Salluit et de Kangiqsujuaq, situées pas très loin. «Après plus de dix ans d’exploitation minière, les indicateurs socio-économiques ne sont pas plus élevés là-bas qu’ailleurs au Nunavik. Les gens reçoivent de l’argent, mais comme l’économie marchande n’est pas très développée dans ces communautés isolées, ils le dépensent ailleurs. Ça ne sert à rien de créer des revenus s’il n’y a pas de capacité de rétention des fonds.»

Thierry Rodon est titulaire de la Chaire de recherche sur le développement durable du Nord et directeur du Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones. Il fait partie des nombreux experts invités à se prononcer sur le développement du Nord à l’occasion du Symposium international sur le développement nordique. Cet événement, qui se déroule du 25 au 27 février, réunit universitaires, décideurs, gens d’affaires, entreprises et représentants des populations nordiques, incluant les nations autochtones. Parmi les pays et régions représentés, on compte notamment l’Islande, la Norvège, le Danemark, le Groenland et l’Alaska. L’objectif de ce grand rassemblement est de partager les connaissances, les expériences et les visions en lien avec le développement nordique durable.

Le Symposium est coprésidé par le gouvernement du Québec et le Conseil nordique des ministres, en collaboration avec l’Université. «Le gouvernement veut positionner le Québec au cœur des recherches sur le développement du Nord. On a une force vive dans la province, et cette force est particulièrement concentrée à l’Université Laval. Il est clair que nous avions intérêt à être présents dans cette aventure, ne serait-ce que pour proposer des noms de spécialistes dans différents secteurs», dit le vice-recteur adjoint à la recherche et à la création, Denis Mayrand, qui espère en faire un événement annuel.

Les conférences et ateliers s’articulent autour de différents thèmes, dont l’éducation, les changements climatiques, le tourisme, l’environnement, la faune et la gouvernance. «Il y a plein de projets qui sont en gestation un peu partout dans le Nord. C’est important que tout le monde soit conscientisé aux enjeux propres à ces régions», souligne Guy Doré, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux. Depuis une trentaine d’années, il se spécialise en infrastructures de transport.

Construire une route ou une piste d’atterrissage dans le Nord, où le territoire est recouvert en grande partie de pergélisol, n’est pas simple. Les ingénieurs doivent prendre en compte les risques de glissement de terrain, d’affaissement de route et de remblai fissuré. «Il existe un équilibre thermique entre l’atmosphère et la capacité structurale du sol. Autrement dit, tant que le sol est gelé, il reste solide. En construisant une route, on vient perturber cet équilibre thermique et donc causer une dégradation du pergélisol», explique le chercheur. Sa conférence portait sur des techniques qui permettent de stabiliser les infrastructures, tout en permettant une régénération du pergélisol.

Le Symposium, qui se poursuit jusqu’à vendredi, sera également l’occasion d’entendre parler des travaux de recherche de Mylène Riva (Département de médecine sociale et préventive), de Gina Muckle (École de psychologie), de Michel Allard (Département de géographie) ainsi que de Steeve D. Côté, de Louis Fortier et de Marcel Babin (Département de biologie). Ils aborderont, entre autres, la santé des populations nordiques, l’insécurité alimentaire au Nunavik et les enjeux de la conservation du caribou migrateur dans la péninsule d’Ungava. «Ces chercheurs montrent l’étendue de l’expertise que nous avons à l’Université Laval. Ils sont rattachés à l’un ou l’autre des grands rassemblements de recherche sur le Nord, que ce soit le Centre d’études nordiques, ArcticNet, Takuvik, Nasivvik ou le Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones», fait remarquer Denis Mayrand.

Le 27 février, Sophie D’Amours, vice-rectrice à la recherche et à la création, fera une présentation sur la vision de l’Université en matière de recherche nordique. Elle en profitera pour parler de l’Institut nordique du Québec, un projet annoncé l’automne dernier. Né d’un partenariat avec l’Université McGill et l’Institut national de la recherche scientifique, ce nouvel institut vise à fournir les connaissances scientifiques et le savoir-faire technique nécessaires au développement éthique et harmonieux du Nord québécois.

Thierry Rodon

La communauté de Salluit, où le professeur Thierry Rodon a mené une étude sur les effets de la mine Raglan. Son constat: la mine apporte des revenus supplémentaires, mais sa présence ne crée pas forcément un développement économique durable dans la communauté.

Photo: Thierry Rodon

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