Chirurgie des plus complexes, la transplantation, le remplacement ou la réparation d’organes nécessite l’utilisation de dispositifs médicaux très sophistiqués. Ceux-ci fonctionnent grâce à des outils innovants, tels que des stents, qui permettent, par exemple, de maintenir une artère ouverte. Ces outils sont fabriqués à partir de produits semi-finis, dont des minitubes, des barres et des pièces. Très peu de fournisseurs conçoivent de tels produits. Au Canada, il n’y en a aucun. Cette situation est appelée à changer avec la Plateforme métallurgique pour la fabrication de produits semi-finis pour l’industrie des dispositifs médicaux, qui sera lancée cet automne.

Déjà, les experts ont commencé à travailler sur différents procédés de fabrication de pièces. «Notre objectif est de produire non pas des dispositifs médicaux, dont le marché est dominé par des multinationales, mais bien des produits semi-finis permettant de rendre ces dispositifs plus performants. Si je devais faire une allégorie culinaire, je dirais qu’on ne veut pas vendre de la lasagne; on veut produire des pâtes de qualité et une sauce aux tomates unique pour concocter des recettes de très haut niveau», illustre Diego Mantovani, directeur du Laboratoire de biomatériaux et de bioingénierie, à l’origine du projet.

Ce professeur et chercheur au CHU de Québec-Université Laval compte développer de nouveaux produits semi-finis plus résistants, plus légers, plus petits et plus performants. Il s’intéresse également à la conception de pièces permettant de fabriquer des lits d’hôpital de meilleure qualité. «Un lit d’hôpital pèse environ 75 kilos. Des lits maniables et transportables qui pèsent beaucoup moins tout en ayant le même confort, ce serait plus intéressant pour les soins à domicile, par exemple. On espère avoir des retombées sur l’industrie canadienne de même que sur la santé des Canadiens», explique-t-il.

En plus de son équipe à l’Université, le chercheur peut compter sur la collaboration du Centre de métallurgie du Québec, un centre de transfert technologique affilié au Cégep de Trois-Rivières. Le projet, qui a reçu un financement de 750 000$ du Programme d’innovation dans les collèges et la communauté du CRSNG, réunit aussi quatre entreprises de différents secteurs: AMEC Usinage (pièces de précision), Bertec (équipements médicaux), Metalliage (ferroalliage) et Plasmionique (synthèse de matériau et ingénierie de surface), qui investissent au total 375 000$ dans la Plateforme. Deux professeurs de l’École polytechnique de Milan, en Italie, participeront également aux travaux. En tout, une trentaine de personnes, dont des étudiants au doctorat, des assistants de recherche et des stagiaires, travailleront au développement d’innovations médicales.

Pour Diego Mantovani, c’est un projet de longue haleine qui se réalise. Une telle collaboration transversale, impliquant des scientifiques et des gens de l’industrie, il y rêvait depuis qu’il a terminé ses études en ingénierie. C’était il y a vingt ans, à l’École polytechnique de Milan. «À l’époque, on m’a demandé dans quel secteur de l’ingénierie je voulais me spécialiser. Le domaine de la santé m’est apparu comme l’option la plus intéressante. Les gens veulent vivre de plus en plus longtemps, tout en restant actifs. L’idée d’utiliser la science et la technologie pour améliorer leur qualité de vie, c’est ce qui me passionne», conclut-il.