Il est désormais possible de détecter rapidement les personnes chez qui la peur de la récidive du cancer atteint un niveau nécessitant un soutien psychologique. En effet, deux chercheurs de l’Université Laval viennent de publier, dans le Journal of Cancer Survivorship, une étude qui démontre la fiabilité d’un outil qu’ils ont conçu à cette fin.

Les recherches antérieures consacrées à la peur de la récidive du cancer ont révélé qu’il s’agit d’une préoccupation qui touche entre 39 et 97% des patients. «Il est normal que les gens qui ont eu le cancer pensent que la maladie pourrait ressurgir», reconnaît Sébastien Simard, professeur à la Faculté des sciences infirmières et chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. «Par contre, lorsque ces pensées deviennent envahissantes, qu’elles provoquent des symptômes physiques et qu’elles nuisent au bon fonctionnement de la personne, il faut s’en occuper. Il n’existait toutefois pas d’outil reconnu pour détecter ces cas.»

En 2009, alors que Sébastien Simard était étudiant-chercheur dans l’équipe de Josée Savard, professeure à l’École de psychologie et chercheuse au CHU de Québec, les deux chercheurs ont mis au point un outil – l’Inventaire de la peur de récidive du cancer (IPRC) – pour diagnostiquer les cas problématiques. «Il s’agissait d’un des premiers questionnaires qui couvraient les différentes dimensions de la peur de la récidive et qui les évaluaient sur un continuum de sévérité», précise le professeur Simard. Au cours des dernières années, ce test a été traduit en 13 langues à la demande d’équipes de plusieurs pays qui voulaient l’utiliser lors d’études cliniques. «Les résultats de ces travaux commencent à être publiés et ils confirment la validité de notre outil.»

Le seul hic: il faut du temps pour répondre aux 42 questions de l’IPRC. Sébastien Simard et Josée Savard ont donc développé une version courte du test qui ne comprend que 9 questions touchant notamment la fréquence, la durée et la persistance des pensées liées à cette peur. «Notre but était de créer un outil pratique que les infirmières et les médecins des cliniques d’oncologie pourraient utiliser pour dépister les patients chez qui ils soupçonnent une peur anormale de la récidive et, le cas échéant, les référer à un psychologue», explique Sébastien Simard.

Pour valider cet outil, les deux chercheurs ont demandé à 60 personnes qui avaient eu un cancer au cours des quatre dernières années de remplir le questionnaire court. Les résultats du test ont été comparés au diagnostic posé par des psychologues après un long entretien avec chaque participant. Résultat? Le questionnaire court permet de repérer correctement 88% des cas problématiques. «Pour un outil de la sorte, c’est très bon», commente Sébastien Simard.

La peur de la récidive du cancer est une forme d’anxiété particulière qu’on commence à peine à bien cerner, poursuit le chercheur. «Quand j’ai commencé en 1997, ce trouble n’était pas nommé comme tel. Je voyais des patients aux prises avec ce problème et il n’existait pas encore de moyen pour les aider. Depuis, nous avons appris à mieux diagnostiquer cette peur et quelques traitements spécifiques, présentement en phase d’évaluation, donnent des résultats prometteurs.»