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Volume 53, numéro 29 | 9 juillet 2018

Actualités UL

Prévenir une gamme de maux

Des chercheurs démontrent l'efficacité d'un programme d'exercices pour atténuer les problèmes musculosquelettiques des musiciens

Par Jean Hamann

Les musiciens professionnels pourraient prévenir certains problèmes musculosquelettiques propres à leur art en adoptant un programme d’exercices physiques conçu en fonction de leurs besoins particuliers. C’est ce que démontrent Marianne Roos et Jean-Sébastien Roy, du Département de réadaptation et du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale, dans un article publié par la revue Clinical Rehabilitation.

Les musiciens professionnels consacrent quotidiennement plusieurs heures à la pratique de leur instrument et cette charge de travail s’intensifie considérablement en période de concert. Cela les force à exécuter à répétition des mouvements souvent asymétriques qui taxent leurs muscles et leurs articulations. Les études consacrées à ce sujet rapportent qu’entre 62% et 93% des musiciens professionnels souffriront un jour d’un problème musculosquelettique lié à la pratique de leur instrument. «Le risque associé à leur activité professionnelle se situe entre celui d’un travailleur manuel et celui d’un athlète professionnel», estime Jean-Sébastien Roy.

En 2013, Cliffton Chan, professeur en physiothérapie à l’Université de Sydney en Australie, également diplômé en musique, et ses collaborateurs ont développé un programme d’exercices destinés aux musiciens d’orchestre. Ce programme vise à renforcer et à améliorer le recrutement des muscles posturaux clés et à transposer cette activation musculaire aux mouvements exécutés régulièrement par les musiciens. «Ce programme semble produire de bons résultats, mais son efficacité n’avait jamais été testée de façon rigoureuse. De plus, nous voulions savoir comment les musiciens accueilleraient cette intervention», précise le professeur Roy.

Les deux chercheurs ont recruté 30 participants – avec ou sans problème musculosquelettique – qui étaient membres de l’Orchestre symphonique de Québec ou des Violons du Roy ou encore étudiants au Conservatoire de musique de Québec. La moitié des participants a été assignée au groupe témoin et l’autre moitié au groupe d’intervention. Ce deuxième groupe devait suivre pendant 11 semaines un programme d’exercices ciblant le cou, les épaules, les abdominaux, le dos et les hanches. Trois des 22 séances se déroulaient en personne sous la supervision d’un professionnel; toutes les autres séances étaient faites à la maison avec l’assistance d’un document vidéo. À cela s’ajoutait une séance d’information couvrant l’importance de l’exercice physique et du repos, l’adaptation du corps, la nature des principales blessures liées à la pratique d’un instrument de musique ainsi que les détails du programme d’exercices comme tel.

Au terme des 11 semaines, les participants du groupe expérimental rapportaient que leur niveau de douleur avait diminué de près de moitié et que l’interférence de la douleur avec leur fonctionnement quotidien, incluant leur travail, avait chuté de 75%. Dans le groupe témoin, le niveau de douleur et l’interférence fonctionnelle sont demeurés stables pendant l’étude.

Les sujets ont exécuté 98% des séances supervisées et 89% des séances individuelles à la maison. «Cela indique que le programme peut facilement s’intégrer à l’horaire des musiciens. D’ailleurs, nous avons senti un grand intérêt de leur part pour ce projet et ils semblaient très heureux que quelqu’un se penche sur leur condition. Contrairement à une équipe professionnelle de sport, les musiciens d’orchestre ne sont pas encadrés par des médecins et des physiothérapeutes. Lorsqu’ils se blessent, ils doivent faire les mêmes démarches que les autres travailleurs pour obtenir des soins. Plusieurs hésitent à consulter parce que, comme les athlètes professionnels, ils craignent d’être obligés de faire une pause. Ils préfèrent continuer à travailler en endurant leurs maux.»

Grâce à une subvention de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail et du Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation, le professeur Roy recueillera les commentaires des musiciens qui ont participé à la première étude afin d’adapter le programme d’exercices australien. «Nous allons tester la nouvelle mouture du programme auprès d’un plus grand nombre de musiciens professionnels du Québec. Si les résultats sont positifs, nous espérons développer une intervention qui pourra être offerte en milieu de travail aux membres des orchestres et des ensembles musicaux du Québec. Elle pourra aussi être intégrée à la formation des étudiants des conservatoires.»

musicien

Entre 62% et 93% des musiciens professionnels souffriront un jour d'un problème musculosquelettique lié à la pratique de leur instrument. Ce risque se situe entre celui d'un travailleur manuel et celui d'un athlète professionnel.

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