Qui aurait cru que la pêche à la mouche servirait de thérapie pour des soldats blessés par la guerre? Hugues Sansregret, le directeur des opérations de la Forêt Montmorency, a aimé l’idée lorsqu’on lui a présenté ce projet il y a cinq ans. «Des études démontrent que le contact avec la nature a un effet thérapeutique plus fort qu’un traitement par médicaments et une visite chez le psychologue combinés. C’est un service que nous n’avions jamais envisagé, mais qui fait partie de la dimension sociale de la mission de la Forêt Montmorency.»

L’organisme à but non lucratif Les eaux curatives par la pêche à la mouche a pour but d’aider des militaires ou d’anciens militaires ayant participé à des missions à l’étranger. Dans un premier temps, on leur enseigne le montage de mouches, un art qui requiert patience et concentration. Les participants bénéficient ensuite d’ateliers où ils apprennent des stratégies de pêche et les différentes techniques du lancer. Le séjour à la Forêt Montmorency, qui leur permet de mettre en pratique leurs nouvelles compétences, marque l’aboutissement du processus. L’objectif derrière cette activité: les aider à reprendre leur vie en main dans une ambiance relaxante.

Il est connu que la pêche est un calmant naturel, en plus d’être une excellente occasion de renouer avec les autres. «Ça nous oblige à sortir de notre sous-sol. Beaucoup de militaires souffrant de stress post-traumatique sont portés à s’isoler. Ils sont moins patients et plus irritables. En venant ici, on rencontre des gens qui sont dans le même bateau. On n’a pas peur d’être jugé», explique Pascal Mayran, avant de fendre l’air avec sa canne à moucher.

Soldat d’infanterie depuis 17 ans, il a effectué plusieurs missions en ex-Yougoslavie et en Afghanistan. Ce séjour dans la forêt d’enseignement et de recherche de l’Université lui permet de faire revivre sa passion pour la pêche, en plus de passer du bon temps avec sa fille. Assise à ses côtés, sur les rives du lac Piché, la petite Alexanne, âgée de 6 ans, est chargée de déposer les truites dans la glacière. Une tâche qu’elle effectue, tout sourire, sous le regard amusé de son père. Pas très loin, Patrick Mongeau, artilleur retraité, est occupé à fixer une mouche au bout de sa ligne. L’ambiance est à la camaraderie. «Plusieurs de ces gens sortent pour la première fois de chez eux. La pêche est un prétexte à la rencontre. Le soir venu, sur le bord du feu, ils discutent de choses qu’ils ne diraient même pas à leur thérapeute!», raconte Gervais Jeffrey, le directeur du programme.

Depuis qu’il a lancé ce projet en 2010, plus de 80 soldats ou ex-militaires ont séjourné à la Forêt Montmorency. Du génocide au Rwanda au tremblement de terre qui a frappé Haïti, ces gens ont vu l’horreur de près. Patrick Mongeau, qui s’est rendu en Bosnie et en Afghanistan, doit aujourd’hui composer avec de douloureux souvenirs. «Dans un contexte de guerre, le silence est souvent signe d’un danger à venir. Il m’a fallu réapprendre à apprivoiser cette tranquillité», laisse-t-il tomber, fasciné par le paysage autour de lui.

Avec son cadre sécuritaire et sa proximité avec la ville, la Forêt Montmorency est l’endroit idéal pour le ressourcement. Ce vétéran apprécie particulièrement l’accueil chaleureux des employés. De l’hébergement aux repas, tout est mis en oeuvre pour faire de son séjour une expérience inoubliable. «Ils savent comment prendre soin de leurs invités. Nous sommes dans un environnement respectueux, non seulement de la nature, mais aussi des gens. Et ça, ça fait du bien», dit-il, se promettant de revenir y faire du bénévolat. Une belle façon, selon lui, de «décrocher, tout en se rendant utile».

Il reste encore quelques jours pour profiter de la pêche à la mouche à la Forêt Montmorency! Renseignez-vous sur les différents forfaits à l’adresse foretmontmorency.ca ou en appelant au 418 656-2034. Pour en savoir plus sur le programme Les eaux curatives par la pêche à la mouche: leseauxcuratives.com