Le traitement du cancer de la prostate donne de meilleurs résultats lorsque les cellules cancéreuses sont découvertes avant qu’elles ne migrent vers d’autres parties du corps. Pour cette raison, il est impératif de mieux comprendre ce qui fait que certaines tumeurs restent confinées à la prostate alors que d’autres forment des métastases. Une équipe internationale formée d’une cinquantaine de chercheurs, dont sept de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, vient de faire un pas en ce sens en établissant un lien entre la prolifération des ARN circulaires dans les cellules cancéreuses de la prostate et la malignité de ces cancers. Leur découverte, publiée dans la revue Cell, suggère que ces ARN circulaires ouvrent de nouvelles avenues thérapeutiques prometteuses.

Pour faire cette démonstration, les chercheurs ont étudié des tumeurs provenant de 144 patients atteints d’un cancer de la prostate de risque intermédiaire. Après avoir subi l’ablation de la prostate, ces patients ont été suivis pendant plus de cinq ans, ce qui a permis aux chercheurs d’établir des liens entre certaines caractéristiques de leurs tumeurs et l’évolution de la maladie.

Les chercheurs ont fait appel à une nouvelle méthode appelée séquençage ultraprofond pour étudier l’expression des ARN circulaires, un type d’ARN rare et généralement négligé dans les études génomiques. Contrairement aux autres ARN qui ont deux extrémités libres, les ARN circulaires ont subi une transformation leur permettant de se refermer sur eux-mêmes. Cette forme leur confère des fonctions qui peuvent différer de celles de leurs pendants linéaires.

Les analyses des chercheurs ont révélé la présence de plus de 76 000 ARN circulaires dans les 144 tumeurs étudiées. Du nombre, plus de 30 000 n’avaient jamais été décrits auparavant. «En moyenne, chaque tumeur exprimait environ 7 200 ARN circulaires et leur abondance augmentait en fonction de la malignité de la tumeur», souligne l’un des auteurs de l’étude, Yves Fradet.

Des analyses plus poussées ont permis de démontrer que 171 de ces ARN circulaires jouaient un rôle essentiel dans la prolifération des cellules cancéreuses. Fait intrigant, dans 9 cas sur 10, la version linéaire de ces mêmes ARN n’était pas essentielle à la prolifération cellulaire. Leur forme modulerait donc leur fonction, probablement en altérant leurs interactions avec les autres ARN, avance le professeur Fradet.

D’autres études ont déjà démontré qu’il existait une association entre les ARN circulaires et certaines maladies, notamment le cancer du côlon et le cancer du sein. «Cette piste pourrait également être intéressante pour le cancer de la prostate, estime le chercheur. D’une part, si l’on comprenait mieux les mécanismes qui conduisent à la circularisation de l’ARN, on pourrait peut-être les bloquer. D’autre part, les ARN circulaires essentiels à la prolifération des cellules cancéreuses pourraient constituer des cibles thérapeutiques intéressantes. Chose certaine, les ARN circulaires ouvrent un nouveau domaine prometteur pour la recherche sur le cancer de la prostate.»

Michèle Orain, Valérie Picard, Hélène Hovington, Alain Bergeron, Louis Lacombe, Yves Fradet et Bernard Têtu, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, font partie des chercheurs qui signent cette étude dirigée par des chercheurs de l’Université de Toronto.