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Volume 52, numéro 9 | 10 novembre 2016

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Quand le courant passe

Une stimulation électrique transcrânienne de faible intensité parvient à moduler l'expression de certains neurotransmetteurs

Par Jean Hamann

Recourir à un courant électrique de faible intensité pour traiter certains problèmes neurologiques ou psychologiques produit des résultats très encourageants chez certains patients, mais le mode d’action de cette intervention est encore entouré d’une aura de mystère. Des chercheurs de la Faculté de médecine viennent de jeter un nouvel éclairage sur la question en publiant, dans la revue Biological Psychiatry, une étude qui montre comment la concentration de certains neurotransmetteurs change, en temps réel, pendant une séance de stimulation transcrânienne à courant continu (STCC).

L’idée de faire appel à l’électricité pour le traitement de certains problèmes ne date pas d’hier. Des hiéroglyphes datant de l’Égypte ancienne et des écrits de philosophes de la Grèce antique décrivent l’utilisation de poissons électriques déposés sur la tête de personnes ayant des états émotionnels perturbés. «Au cours des dernières années, la STCC a refait surface parce que l’on cherche de nouvelles approches pour traiter les patients qui répondent mal aux traitements pharmacologiques», rappelle Shirley Fecteau, professeure au Département de réadaptation et chercheuse à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec et au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). Les études menées sur le sujet suggèrent que la STCC pourrait agir sur l’humeur, la perception des émotions, la prise de décision, la mémoire et la résolution de problème. Des essais cliniques ont démontré son potentiel dans le traitement des dépressions sévères. «On pense aussi qu’elle pourrait atténuer les migraines et la dépendance à certaines substances. Par contre, on ne sait pas encore exactement comment la STCC agit sur le cerveau», ajoute-t-elle.

Pour mieux comprendre le mode d’action de cette intervention, le doctorant Antoine Hone-Blanchet, la professeure Fecteau et le professeur Richard A. Edden, de l’Université Johns-Hopkins, ont recruté 15 personnes en bonne santé qu’ils ont soumises à une séance de 30 minutes de STCC. «Nous avons placé deux électrodes sur le cuir chevelu des sujets, au niveau du cortex préfrontal, et nous avons appliqué un courant de 1 milliampère, une intensité à peine perceptible. Le courant passe de l’anode à la cathode en traversant les régions du cerveau que l’on veut stimuler», précise la chercheuse. Pour suivre en temps réel la concentration de certains neurotransmetteurs au fil de la séance, chaque participant a été placé dans un scanneur doté d’un appareil de spectroscopie.

Les données recueillies par les chercheurs montrent qu’une augmentation du principal neurotransmetteur excitateur du cerveau, le glutamate + glutamine, et du neurotransmetteur NAA survient rapidement en réponse à la stimulation électrique. Ces deux neurotransmetteurs interviennent dans l’apprentissage et dans l’adaptation du cerveau. Toutefois, dès la fin de la séance, leurs niveaux reviennent aux valeurs de départ. «Cela pourrait expliquer pourquoi des études antérieures, qui avaient mesuré la concentration de neurotransmetteurs avant et après la séance plutôt que pendant la stimulation, arrivaient à la conclusion que la STCC avait peu ou pas d’effets sur les neurotransmetteurs», avance-t-elle.

La STCC est de plus en plus utilisée par les cliniciens, bien que le seul usage approuvé par la FDA soit le traitement des migraines. «On sait que l’intervention peut aider certains patients et on pourrait se contenter d’y avoir recours sans chercher plus loin, reconnaît la professeure Fecteau. Par contre, en montrant à quel niveau la STCC agit sur le cerveau, on se donne des cibles qui peuvent servir à établir les modalités d’un traitement efficace – qu’il s’agisse de l’intensité électrique optimale ou encore de la durée et de la fréquence des séances – pour chaque type de problème.» Au cours des prochains mois, la chercheuse fera appel à la STCC pour tenter de mettre au point une intervention pour aider les fumeurs à abandonner complètement la cigarette.

Jean-Martin Beaulieu

Shirley Fecteau montre le dispositif utilisé lors d'une séance de STCC. Deux électrodes sont placées sur le cuir chevelu du sujet et un courant de l'ordre de 1 milliampère passe de l'une à l'autre en traversant les régions du cerveau que l'on veut stimuler.

Photo: Jean-Martin Beaulieu

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