Une étude internationale, à laquelle ont participé des chercheurs de la Faculté de médecine, révèle que la transfusion de sang fraîchement collecté ne procure pas d’avantages aux patients gravement malades. En effet, les taux de mortalité et de dysfonction des organes chez les patients traités aux soins intensifs sont indépendants de la durée d’entreposage du sang transfusé, démontrent les chercheurs dans un article publié dans le New England Journal of Medicine.

Le sang collecté chez les donneurs ne se conserve pas indéfiniment, rappelle Alexis Turgeon, professeur à la Faculté de médecine, chercheur au CHU de Québec et coauteur de l’étude. «On y ajoute des agents de conservation, ce qui permet de l’entreposer jusqu’à 42 jours. Les globules rouges se dégradent tout de même avec le temps et, pour cette raison, de plus en plus de médecins demandaient du sang frais pour les transfusions destinées à leurs patients gravement malades.»

Ces demandes vont à l’encontre des façons de faire des banques de sang qui distribuent les produits sanguins sur la base du «premier entré, premier sorti», c’est-à-dire que le sang le plus longtemps entreposé est attribué en priorité aux patients qui ont besoin d’une transfusion. «Tout le système de collecte et de distribution du sang est basé sur cette approche, souligne le professeur Turgeon. Avant que le recours au sang frais ne devienne une pratique courante et qu’il ne force une révision importante du système de gestion du sang, il fallait déterminer si cette pratique apportait véritablement des bénéfices aux patients.»

Pour ce faire, des équipes de 64 centres hospitaliers du Canada et d’Europe ont recruté 2 430 patients, dont environ 200 dans la région de Québec. Ces patients avaient été admis dans une unité de soins intensifs et leur état nécessitait une transfusion sanguine. La moitié d’entre eux a reçu du sang entreposé depuis 6 jours en moyenne, alors que l’autre moitié a reçu du sang entreposé depuis 22 jours en moyenne. Résultat? Les chercheurs n’ont décelé aucune différence entre les deux groupes au chapitre du taux de mortalité ou de dysfonction des organes dans les 90 jours suivant la première transfusion.

«La pratique du recours au sang frais n’est pas fondée pour les patients gravement malades et, à plus forte raison, pour les patients dont l’état de santé est moins grave, soutient le professeur Turgeon. Il n’y a donc pas lieu de modifier l’approche actuelle des banques de sang. Notre étude a nécessité dix ans de travail, mais ses conclusions arrivent avant que le recours au sang frais ne devienne un standard de soins. Le débat est clos pour l’instant.»

D’autres professeurs de la Faculté de médecine ont collaboré à cette étude. Il s’agit de François Lauzier et de Vincent Laroche, du CHU de Québec, de François Lellouche, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, et de Patrick Archambault et de Danièle Marceau, du CSSS Alphonse-Desjardins.