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Volume 44, numéro 8 | 16 octobre 2008

Société

À Québec au clair de lune

Depuis la Nouvelle-France jusqu’à nos jours, l’observation du ciel et l’enseignement de l’astronomie ont marqué l’histoire de la capitale

Par Yvon Larose

Tout a commencé le 30 novembre 1618, près de Tadoussac. Cette nuit-là, le missionnaire récollet Joseph Le Caron, en séjour chez des Innus-Montagnais, a effectué la toute première observation astronomique proprement dite de l’histoire du Québec lors du passage d’une comète dans le ciel. «Il s’agit probablement d’une des deux comètes observées le 29 novembre 1618 par le célèbre astronome allemand Johannes Kepler», indique Yvan Dutil, professeur associé au Département de physique, de génie physique et d’optique. Le vendredi 10 octobre au pavillon Alphonse-Desjardins, ce dernier a prononcé une conférence sur le thème «400 ans d’astronomie à Québec» à l’occasion du congrès annuel de la Fédération des astronomes amateurs du Québec.

À cette époque, l’astronomie était une science en plein développement. L’invention de la lunette astronomique date de 1609. Et l’astronomie faisait partie de la formation classique en sciences. «Un des mandats du Collège des Jésuites de Québec était de former des navigateurs à qui l’on enseignait des notions d’astronomie permettant de s’orienter en mer par rapport aux étoiles», explique Yvan Dutil. Le 10 décembre 1685, l’hydrographe Jean Deshayes, venu de France quelques mois plus tôt pour effectuer un relevé hydrographique du fleuve Saint-Laurent, observe, de Québec, une éclipse au cours de laquelle il note l’heure à laquelle la Lune quitte l’ombre de la Terre. Ces observations faites à l’œil nu permettront par la suite à un astronome de Paris d’établir la valeur de la longitude de la ville de Québec avec une erreur de seulement 102 kilomètres.

Sous le Régime anglais
En 1769, l’arpenteur général du Canada, Samuel Holland, ainsi que Lemaire Saint-Germain, professeur de physique au Séminaire de Québec, participent, de Québec, à une importante expérience scientifique qui a rallié plus de 150 astronomes de par le monde, y compris au Japon. «Dans le dôme d’observation aménagé dans la maison d’Holland, ils ont observé, avec un télescope à réflexion, le passage de la planète Vénus devant le Soleil, un phénomène rare qui se produit environ une fois par siècle, raconte Yvan Dutil. Leurs observations combinées avec celles des autres astronomes ont permis de mesurer la distance de la Terre au Soleil avec une précision de l’ordre de quelques pour cent.»

En 1850, un observatoire est érigé dans la citadelle sur les plaines d’Abraham. Le commandant Edward D. Ashe en est le responsable. «Une de ses fonctions est de faire des relevés météo, une autre consiste à fournir l’heure locale aux capitaines de navire afin qu’ils synchronisent leur horloge de bord, souligne Yvan Dutil. Pour cela, il doit laisser tomber une balle-chronomètre du haut d’une tour à 13 heures précises chaque jour. En même temps, il doit faire tirer un coup de canon. À notre latitude, une erreur d’une minute en temps représente un écart de 20 kilomètres en position sur l’axe est-ouest. Il est donc primordial, pour les navigateurs, d’avoir l’heure la plus précise possible en quittant Québec.» En 1864, le commandant Ashe fait déménager les instruments sur le terrain de la ferme Bonner située un peu plus loin sur les plaines d’Abraham. Là, un télescope équatorial est installé dans une tour surmontée d’un dôme. Ashe y fait l’observation des taches solaires. En 1868, il prend même des photos du Soleil au télescope.

L’observatoire de la ferme Bonner est démoli en 1936. Le Collège des Jésuites hérite d’une partie des instruments. Quatre ans plus tard, le premier club d’astronomie de la ville voit le jour. En 1942, le club adhère à la Société royale d’astronomie du Canada (SRAC). Un an auparavant, soit le 2 juillet 1941, un nouvel observatoire, celui de la tour Martello numéro un, sur les plaines d’Abraham, effectuait sa première observation. Placé sous la supervision de la SRAC et de la Commission des champs de bataille nationaux, il poursuivra ses activités jusqu’en 1962. Le 27 avril 1978, l’observatoire du mont Mégantic, cofinancé par l’Université Laval, démarre ses activités. Sur le plan de la formation, l’Université Laval offre le baccalauréat en physique avec concentration en astrophysique, de même que la maîtrise et le doctorat en physique avec spécialisation en astrophysique.

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Huit membres de la Société royale d'astronomie du Canada ? centre Québec posent devant la tour Martello numéro un qui a abrité un observatoire de 1941 à 1962.

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