Entre 2011 et 2017, le pourcentage d’entreprises manufacturières québécoises ayant introduit une forme ou une autre d’automatisation dans leurs procédés de fabrication a connu un bond spectaculaire, passant de 32% à 73%. Le Québec compterait aujourd’hui 7 300 robots. «L’augmentation a été rapide, souligne Clément Gosselin, professeur au Département de génie mécanique. Il faut maintenant s’assurer que les robots soient utilisés et que le rattrapage continue. Parfois, des entrepreneurs tentent sans succès l’aventure robotique.»

Le professeur Gosselin dirige le Laboratoire de robotique. Il signe la préface d’une étude récente intitulée Le secteur manufacturier avancé – Enquête sur l’automatisation du secteur manufacturier au Québec. Réalisée par l’Alliance canadienne pour les technologies avancées (CATA), l’enquête a obtenu le financement du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, du Centre de recherche industrielle du Québec et de l’Alliance CATA.

La robotisation accélérée de l’industrie québécoise survient alors que le secteur manufacturier mondial s’apprête à franchir une autre étape de son développement avec l’arrivée de robots dits collaboratifs et de l’intelligence artificielle. «Les robots collaboratifs sont capables de travailler avec les humains, explique Clément Gosselin. Dans l’industrie automobile, les robots classiques assemblent les pièces sans assistance humaine. Pour des raisons de sécurité, ils fonctionnent dans des espaces clôturés interdits aux humains. Les robots collaboratifs ne sont pas soumis aux mêmes restrictions. Des gens peuvent les côtoyer. Ils déploient moins d’énergie, ils sont donc moins rapides. Ces robots servent à augmenter l’efficacité des travailleurs et à régler des problèmes d’ergonomie.»

On parle de plus en plus de la robotique de service et de ses deux grands champs d’application, le transport et la santé. En transport, l’automobile autonome occupe actuellement le haut du pavé. «On les voit davantage parce que l’automobile frappe plus l’imaginaire que le tramway, l’autobus ou le train, indique-t-il. Or, ces trois modes de transport sont peut-être encore plus intéressants que la voiture pour les fabricants. Ils sont plus faciles à mettre en application, car un bus autonome passe toujours sur le même parcours. C’est plus facile à conduire, par exemple avec des bornes à certains endroits pour se repérer.»

En santé, cependant, beaucoup reste à faire, comme mettre au point une série d’applications mécaniques qui n’existent pas encore. Au Laboratoire de robotique, les chercheurs travaillent sur le développement de systèmes pour l’assistance de personnes handicapées. Ils travaillent notamment sur un système de robot interactif pour les thérapeutes. Ce système leur permet d’évaluer virtuellement la capacité d’un patient à manipuler les charges.

Fin 2016, on comptait 1,8 million de robots dans le monde. Cinq pays possèdent 70% du parc mondial, soit, dans l’ordre, la Chine, le Japon, les États-Unis, la Corée du Sud et l’Allemagne. Selon Clément Gosselin, les grands joueurs de la robotique de demain pourraient provenir d’autres pays. «La robotique collaborative est née au Danemark, dit-il. Une petite révolution est venue de là. Beaucoup de gens travaillent sur la robotique dans le monde. Il y a de la place pour de nouveaux joueurs sur ce marché, même avec des produits similaires.»

Le Canada pourrait tirer son épingle du jeu en ce domaine. «Nous avons d’excellents résultats de recherche en matière de robotique, affirme le professeur Gosselin. Maintenant, il faut les transformer en produits.» Selon lui, la firme Robotiq, créée à la suite d’une innovation à l’Université Laval, est le modèle à suivre. «Cette entreprise de Lévis fabrique une main robotique exportée dans une trentaine de pays, explique-t-il. Ces entrepreneurs ont su adapter leur produit aux besoins réels du marché.»

Plus d’information sur l’enquête sur l’automatisation du secteur manufacturier au Québec