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Volume 53, numéro 2 | 7 septembre 2017

À la une

Un remède au mal de mer

Les ressources marines sont mal en point et il est temps d'appeler la génomique à la rescousse

Par Jean Hamann

Dans la dernière édition de Trends in Ecology and Evolution, 15 scientifiques d’autant de pays, dont Louis Bernatchez du Département de biologie de l’Université Laval, lancent un appel à une mobilisation internationale pour assurer l’avenir des ressources halieutiques. En termes simples, leur message se décline ainsi: les populations de poissons, de mollusques et de crustacés consommées par les humains sont mal en point, la génomique peut améliorer la gestion des stocks sauvages et la production aquicole de ces espèces, aussi est-il plus que temps de recourir à la génomique pour favoriser l’utilisation durable de ces ressources.

«Les outils génomiques sont largement utilisés en agriculture et en foresterie, mais il y a un blocage qui freine leur utilisation dans le domaine des pêches et de l’aquaculture, constate le professeur Bernatchez. Pourtant, nous sommes rendus à un moment critique pour l’avenir des ressources halieutiques et il est essentiel d’utiliser les outils qui permettent d’obtenir les meilleures informations possible pour prendre les bonnes décisions. La génomique fait partie de ce coffre à outils.»

La population mondiale pourrait atteindre 9 milliards en 2050 et on ignore dans quelle mesure les espèces marines pourront contribuer à la sécurité alimentaire de l’humanité, rappelle le chercheur. Dans les pays développés, les stocks locaux ne suffisent plus à la demande et il faut s’approvisionner de plus en plus loin. Des stocks sont souvent exploités à un niveau limite, alors que d’autres sont surexploités. C’est le cas pour la presque totalité des espèces de la Méditerranée et de la mer Noire. Ajoutez à cela la dégradation des habitats marins, les changements climatiques, les agents pathogènes et une tempête parfaite se dessine à l’horizon. «Si la demande des consommateurs pour le poisson continue d’augmenter, nous nous dirigeons vers une surexploitation globale», estime Louis Bernatchez.

En quoi la génomique peut-elle aider à prévenir pareille crise? «D’abord et avant tout, en permettant de définir avec précision chaque stock de chaque espèce, répond le chercheur. C’est un principe de base en gestion des ressources halieutiques. Il faut estimer les effectifs et établir les quotas d’exploitation en fonction des véritables populations biologiques et non en fonction des zones administratives de pêche, comme on le fait encore trop souvent. Les outils génomiques actuels nous permettent de le faire avec une grande résolution. Ils peuvent aussi nous aider à évaluer l’efficacité d’opérations d’ensemencement de soutien, à assurer la traçabilité des produits marins, à surveiller les agents pathogènes et à détecter les interactions entre les poissons sauvages et les poissons d’élevage.»

La génomique pourrait aussi soutenir la croissance de l’aquaculture, poursuit le chercheur. «La production aquicole de poissons équivaut maintenant aux débarquements en milieu naturel, mais plusieurs facteurs pourraient contribuer à son plafonnement. Les outils génomiques peuvent aider à mieux choisir les espèces qu’on veut domestiquer et à sélectionner plus efficacement les lignées possédant des caractères recherchés, notamment le taux de croissance et la résistance aux maladies.»

Une étude réalisée en 2012 montre que le blocage des gestionnaires des pêches face aux outils génomiques résulte, entre autres, d’une méconnaissance de leur potentiel, d’une fausse perception quant à leurs coûts et des résultats décevants produits par les premiers marqueurs génétiques. «Il faut changer ces perceptions en leur montrant que les outils génomiques sont beaucoup plus puissants et fiables que les marqueurs génétiques utilisés il y a quelques années, propose le professeur Bernatchez. Le coût des outils génomiques diminue constamment et la qualité de l’information qu’on peut en tirer en fait un très bon investissement, comme l’ont bien compris les gestionnaires des domaines de l’agriculture et de la foresterie. La génomique ne réglera pas tous les problèmes des pêches, mais c’est un élément de la solution qu’on ne peut pas ignorer plus longtemps.»

Pêcheries

Les populations de poissons, de mollusques et de crustacés consommées par les humains sont mal en point. Ajoutez à cela la dégradation des habitats marins, les changements climatiques, les agents pathogènes et une tempête parfaite se dessine à l’horizon. « Si la demande des consommateurs pour le poisson continue d’augmenter, nous nous dirigeons vers une surexploitation globale », estime Louis Bernatchez.

Photo: Ortiz-Rojas

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