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Volume 52, numéro 14 | 12 janvier 2017

Actualités UL

Réparer les torts du passé

L'anthropologue Francine Saillant reçoit la médaille Luc-Lacourcière pour son ouvrage sur les réparations à l'égard des descendants d'esclaves au Brésil

Par Matthieu Dessureault

Le Brésil a aboli l’esclavage tardivement en 1888. Jusqu’alors, ce système a régné sur l’ensemble du territoire, créant des inégalités sociales chez les Noirs brésiliens. Si tout le monde est unanime quant à la condamnation de cette pratique inhumaine, la réparation des torts n’est pas chose si simple. «Les réparations qui sont faites sous l’angle strictement juridique ou financier ne sont pas suffisantes. Il faut que la communauté visée s’investisse sur le plan psychosocial, symbolique ou spirituel, de façon à ce que ses membres ne soient pas considérés uniquement comme des victimes. Les Afro-Brésiliens ont réussi ce pari après 400 ans d’esclavage», dit Francine Saillant, professeure émérite au Département d’anthropologie.

Voilà l’idée qu’elle défend dans son ouvrage Le mouvement noir au Brésil (2000-2010). Réparations, droits et citoyenneté. Ce livre, copublié par les Presses de l’Université Laval et les Éditions Academia, aborde ce sujet sous de multiples angles. L’auteure y dresse un portrait complet du mouvement noir brésilien, des révoltes d’esclaves de l’époque coloniale à ses revendications plus récentes. Elle examine les initiatives mises en place dans les sphères de la politique, des arts, de la culture et de la religion, offrant la première étude en français qui fait état de l’originalité du mouvement noir au Brésil.

Ce projet lui a valu la médaille Luc-Lacourcière du Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT). Décerné tous les deux ans par un jury composé de professionnels de l’ethnologie, ce prix reconnaît la qualité d’un ouvrage francophone ayant marqué ce domaine. Francine Saillant succède aux lauréats Madeleine Pastinelli, Pierre Anctil et Réginald Auger, entre autres. «Le jury salue le caractère novateur du thème de son ouvrage ainsi que la variété des formes de réparations étudiées. Il souligne également l’envergure et la rigueur de la recherche historique et ethnographique. L’argumentation est convaincante, car bien appuyée sur les sources de l’étude. L’analyse est fine et nuancée et le texte, très fluide», précise le président du jury de cette année, Laurier Turgeon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique.

Ce prix vient boucler la boucle, en quelque sorte, pour l’ancienne directrice du CÉLAT. Son projet de livre est né à la suite d’un séminaire auquel participaient plusieurs chercheurs membres de ce regroupement interuniversitaire. Des échanges, qui se déroulaient sur le thème de la réparation des torts historiques au Rwanda, l’ont incitée à élargir sa réflexion. Pendant six ans, la professeure a creusé la question brésilienne au cours de multiples séjours de recherche. Elle a assisté à des événements liés à des demandes de réparation et a mené des entrevues auprès des principaux acteurs du mouvement noir: intellectuels, artistes, leaders religieux, militants, etc. En plus de son projet d’écriture, elle a réalisé une série de capsules vidéo qui donnent la parole à de nombreux intervenants.

Pour la chercheuse, le cas du Brésil peut inspirer d’autres sociétés aux prises avec la délicate question de la réparation des torts historiques. «La réparation est une question centrale, notamment au Canada en raison des torts causés au peuple autochtone. Il est possible de réparer les blessures historiques sans approcher cette réparation d’une manière trop théâtrale ou mécanique. Au Canada, plusieurs ont critiqué la tenue de la Commission de vérité et réconciliation. Au Brésil, il n’y a jamais eu de commission. Ce sont les actions citoyennes qui ont été au coeur des grandes transformations vécues par les Afro-Brésiliens dans les vingt dernières années. En analysant cette société, j’ai pu me questionner sur la question autochtone. Ce serait fantastique si on pouvait comparer ce qui s’est passé au Brésil et ce qui se passe actuellement au Québec ou au Canada.»

Un prochain projet d’ouvrage, peut-être?

Francoise Saillant

Francine Saillant a reçu la médaille en clôture d'un séminaire du CÉLAT, le 15 décembre. La voici entourée de Laurier Turgeon, professeur d'ethnologie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique et président du jury, Madeleine Pastinelli, professeure de sociologie et directrice du CÉLAT, Khadiyatoulah Fall, directeur du CÉLAT à l'UQAC et membre du jury, et Hélène Cormier, éditrice aux Presses de l'Université Laval.

Photo: Marc Robitaille

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