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Volume 52, numéro 28 | 1 juin 2017

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Repartir du bon pied

Une étude fait le ménage dans les traitements préconisés pour un problème qui frappe bien des coureurs

Par Jean Hamann

Informer les coureurs sur la nature et les causes de leur blessure et leur proposer un programme structuré et graduel de retour à l’entraînement serait la façon la plus efficace d’attaquer l’un des problèmes les plus courants en course à pied, le syndrome fémoro-patellaire. Voilà la conclusion d’une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine par une équipe de chercheurs de la Faculté de médecine, du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale et de la Clinique du coureur.

Le syndrome fémoro-patellaire frappe les adeptes de plusieurs sports, mais il est particulièrement fréquent en course à pied. Ce problème se caractérise par une douleur autour ou derrière la patella, communément appelée rotule, qui s’accentue lors de mouvements sollicitant l’articulation fémoro-patellaire, par exemple monter ou descendre un escalier.

Le traitement le plus répandu pour ce syndrome est de nature éducative et il consiste à encourager le coureur à réduire le volume et l’intensité des entraînements, de façon à ajuster la charge de travail à la capacité d’adaptation des tissus. Une autre intervention souvent prescrite est le renforcement des muscles de la jambe à l’aide d’exercices ciblés. Enfin, une avenue apparue récemment est la modification du patron de course par l’adoption d’une foulée plus «naturelle». Le coureur est encouragé à ne pas attaquer le sol avec le talon, mais plutôt avec le milieu ou l’avant du pied. Cette façon de faire reproduit ce que les coureurs feraient spontanément s’ils couraient pieds nus.

«Présentement, le syndrome fémoro-patellaire est soigné en combinant ces trois approches et nous avons voulu déterminer les mérites respectifs de chacune pour en établir l’efficacité», explique le responsable de l’étude, Jean-Sébastien Roy, du Département de réadaptation. Pour ce faire, les chercheurs ont recruté 69 coureurs récréatifs aux prises avec un syndrome fémoro-patellaire depuis au moins trois mois. Tous les participants ont eu droit à l’intervention éducative offerte par un physiothérapeute lors de cinq visites réparties sur huit semaines. Les coureurs étaient incités à faire des entraînements fréquents, mais moins longs et moins rapides qu’à l’habitude, sans côtes ni escaliers, et ne dépassant jamais une douleur plus grande que 2 sur une échelle de 10. La durée et l’intensité des séances de course étaient augmentées graduellement selon les progrès de chaque participant.

En plus de l’intervention éducative, deux groupes de 23 coureurs ont eu droit soit à un programme d’exercices ayant pour but de renforcer leurs jambes, soit à une intervention visant à modifier leur patron de course. Les sujets de ce dernier groupe étaient encouragés à raccourcir leur foulée pour en augmenter la cadence de 7 à 10% et, si nécessaire, à ne plus attaquer le sol avec le talon.

Résultats? Au terme d’un suivi de 20 semaines, les sujets des trois groupes avaient connu une amélioration des capacités fonctionnelles de leurs genoux lors d’activités quotidiennes courantes, de même qu’une diminution de la douleur pendant la course et pendant la journée. Par ailleurs, même si le programme d’exercices a produit une augmentation de 10% de la force des extenseurs du genou et que la correction du patron de course a réduit de 25% la charge verticale moyenne de l’articulation fémoro-patellaire, les sujets des groupes 2 et 3 n’ont obtenu aucun gain supplémentaire tant au chapitre de la douleur que des limitations fonctionnelles.

«La leçon pratique de l’étude est que l’intervention éducative fonctionne bien et qu’elle devrait être appliquée en premier lieu pour tous les coureurs souffrant d’un syndrome fémoro-patellaire, résume le professeur Roy. Lorsque les progrès atteignent un plateau, on pourrait appliquer les deux autres interventions parce que, individuellement, certains coureurs pourraient en retirer des bénéfices.» L’autre leçon livrée par cette étude est que les blessures de ce type résultent souvent d’erreurs d’entraînement, souligne le chercheur. «Les coureurs augmentent trop rapidement le volume ou l’intensité de leurs sorties. L’intervention éducative remet le compteur à zéro et elle leur permet de progresser en fonction de la réponse de leur corps.»

L’étude parue dans le British Journal of Sports Medicine est signée par Jean-François Esculier, Laurent Julien Bouyer, Blaise Dubois, Pierre Frémont, Lynne Moore, Bradford McFadyen et Jean-Sébastien Roy.

genou

Le syndrome fémoro-patellaire frappe les adeptes de plusieurs sports, mais il est particulièrement fréquent en course à pied. L'étude montre qu'une intervention éducative préconisant des entraînements fréquents, courts et peu intenses, qui maintiennent la douleur à un faible niveau, donne les meilleurs résultats.

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